Philippe Bouvard, adieu au dernier seigneur des ondes
Culture · Manuel Houssais ·Le ·
Une voix s’est éteinte ce lundi matin. Philippe Bouvard, 96 ans, a quitté la scène qu’il n’avait, au fond, jamais vraiment abandonnée. Lui-même avait écrit, par avance, les lignes qu’il fallait retenir de sa vie.C’était en 2013, dans son livre Je crois me souvenir… (Flammarion) : « J’ai été un jeune sacripant, mais pas flemmard, avant de devenir un vieux con, mais pas blasé. Je ne suis fier de rien. Je suis seulement reconnaissant envers ce Dieu, auquel je déplore de ne pas croire, de m’avoir évité le pire avant l’inéluctable. » Son épouse a prévenu RTL, tôt ce matin, afin d’annoncer la disparition de celui qui fut le visage et le verbe de la station pendant plus d’un demi-siècle.
Un enfant de l’Occupation devenu plume
Né le 6 décembre 1929 à Coulommiers, Philippe Bouvard n’a pas eu une enfance douce. Le jour même de sa naissance, son père abandonne le foyer avec les économies du ménage. Élevé par sa mère et un beau-père tailleur, le jeune Philippe traverse l’Occupation au fil des fuites : La Baule, Limoges, le Loiret, le Midi. De cette instabilité naît peut-être ce goût du verbe juste, cette curiosité inlassable qui le mène vers le journalisme, d’abord au Figaro puis à France-Soir, où il grimpe jusqu’à la direction éditoriale.
Le maître incontesté des Grosses Têtes
Le 1er avril 1977, une émission naît qui va bouleverser la radio française : Les Grosses Têtes. Pendant trente-sept ans, Philippe Bouvard y règne sur une troupe d’humoristes et de comédiens, invente un ton, une liberté de parole, un art de la répartie qui deviendra une école pour toute une génération d’animateurs. À la télévision, Le Petit Théâtre de Bouvard impose dès 1982 le premier grand entretien impertinent face aux célébrités.
L’homme de culture au-delà du micro
Écrivain prolifique, auteur de plus de cinquante ouvrages, chroniqueur boulimique crédité de dizaines de milliers d’articles et d’émissions, Philippe Bouvard laisse une œuvre immense et rare. Fait chevalier de la Légion d’honneur en 2004, puis élevé au rang de commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres en 2019, il incarnait cette génération de journalistes pour qui la culture, la politique et le rire n’étaient jamais séparés. Retraité depuis janvier 2025 seulement, il continuait d’écrire. La France perd aujourd’hui une mémoire vive de son patrimoine médiatique.







