L’émotion pure : trois artistes ont enchanté le Morvan à Saint-Honoré-les-Bains
Photo: Manuel Houssais
Nevers et Nièvre · Manuel Houssais ·Le ·
Ce 18 août, à Saint-Honoré-les-Bains, la chapelle des Thermes a ouvert ses portes à trois musiciens venus de Paris et d’ailleurs pour un concert trio, soprano, violoncelle, piano. Le lieu modeste, presque secret possède cette qualité rare des chapelles de nos villages : on s’y sent immédiatement accueilli, comme si la pierre elle-même se souvenait de tous les concerts qu’elle a portés.
C’est dans ce cadre authentique que Johanne Cassar, Jérémie Maillard et Jean Dubé ont été reçus, et l’on sentait, dès les premières mesures, que cet accueil était parfait. Trois musiciens, trois tempéraments, une même exigence, et ce don rare de partager avec ardeur la musique classique.
Trois artistes, une seule flamme
Johanne Cassar possède cette voix qu’on ne raconte pas, qu’on ressent. Souple, ample, capable de la confidence comme de l’embrasement, elle a traversé Massenet et Puccini avec une intelligence dramatique confondante. Son « Air de Liu » a suspendu le temps, son « Quando m’en vo » a fait sourire l’assemblée d’un bonheur presque enfantin. On comprend que cette artiste diplômée de la Guildhall School et couronnée à l’Opéra de Nice porte aussi, ailleurs, la musique jusque dans les prisons : c’est une soprano qui croit que le chant appartient à tous.
À ses côtés, Jérémie Maillard, violoncelliste de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, a offert un son chaud, habité, jamais démonstratif. Dans le Saint-Saëns comme dans la Paraphrase de Martucci sur La Forza del destino, son archet racontait plus qu’il ne jouait. Et puis Jean Dubé, enfant prodige devenu l’un des pianistes les plus admirés de sa génération, apportait cette rareté : jouer avec puissance sans jamais couvrir, accompagner sans jamais s’effacer. Pour la première fois réuni à ce duo, le piano a changé la couleur du programme, l’a rendu plus dense, plus organique, franchement bouleversant.
Un programme franco-italien fascinant
Le choix du programme, romantique et généreux, disait déjà l’intention : Saint-Saëns, Poulenc, Martucci, Massenet, Puccini. Un dialogue entre la France et l’Italie, entre la retenue et l’incandescence. La Sonate en do de Saint-Saëns a ouvert la soirée avec une élégance presque conversationnelle entre violoncelle et piano. Puis vint La Dame de Monte-Carlo de Poulenc, portée par Johanne Cassar avec une intensité théâtrale rare, avant que la Méditation de Thaïs, dans sa simplicité désarmante, ne fasse vibrer toute la chapelle. Ces artistes offrent la musique classique à qui veut bien tendre l’oreille et le cœur. C’est là, précisément, tout leur talent d’ambassadeurs : rendre accessible l’exigence, rendre bouleversant le savant.
Une chapelle, des bénévoles, et l’âme du Morvan
Rien de tout cela n’existerait sans Alain Lemerle et les bénévoles du Cercle Culturel Diogène, dont la fidélité discrète fait vivre, saison après saison, cette programmation exigeante au cœur du Morvan. Leur travail de l’ombre mérite d’être dit haut et fort : c’est grâce à eux que Saint-Honoré-les-Bains résonne, chaque été, des plus belles voix et des plus beaux archets de notre temps.
Et puis il y a la chapelle elle-même. Son acoustique magnifie chaque nuance sans jamais la trahir. Peu d’endroits savent ainsi accueillir le pianissimo d’un violoncelle jusqu’au dernier rang sans en perdre le souffle. On en sort convaincu que le Morvan, loin d’être à l’écart des grandes scènes, en est parfois le plus bel écrin.
À la sortie, sous le soleil finissant, les visages disaient l’essentiel : la musique, quand elle est portée par des artistes aussi talentueux, aussi généreux, ne s’écoute pas. Elle se vit.








