Une gamine de Cosne devenue astronaute

Sophie Adenot voit le jour en 1982 à Cosne-Cours-sur-Loire. Sa mère est pharmacienne, son père notaire à Corbigny. Rien, sur le papier, qui prédestine à finir en orbite. Avant de décrocher sa place dans le corps des astronautes européens, elle a été pilote d'essai d'hélicoptère, puis militaire, chargée notamment de transporter le président de la République et les ministres en déplacement. Quand elle candidate à l'ESA en 2022, elle se retrouve dans une promotion où plus de 22 000 personnes ont postulé pour cinq places de titulaires. Elle fait partie des cinq.

Huit mois là-haut, un record pour l'Europe

Elle décolle le 13 février 2026, direction la Station spatiale internationale, pour une mission baptisée "Epsilon". Sur le papier, six mois étaient prévus. Dans les faits, plusieurs reports techniques l'ont obligée à rester plus de 230 jours en orbite. Elle devient l'astronaute européen qui aura passé le plus de temps dans l'espace, toutes missions et tous sexes confondus, depuis que l'ESA existe.

La première Française à sortir dans le vide spatial

Le vrai temps fort de sa mission, ce sont ses sorties dans l'espace. Les 18 et 25 août, puis le 1er septembre, elle enfile la combinaison et sort littéralement de la station, pour aller installer de nouveaux panneaux solaires. Trois sorties en tout, pour un total de près de 20 heures passées dans le vide spatial. Une première pour une femme française. Après la toute première, elle avait juste lâché : "Merci, quelle journée." Pas besoin d'en dire plus.

Et pendant ce temps-là, elle bossait aussi

Entre deux sorties et les photos de la Terre vue d'en haut, Sophie Adenot a quand même mené près de 200 expériences scientifiques pendant son séjour, dont plusieurs projets français sur la santé des astronautes en apesanteur. Parce qu'au-delà de l'image, une mission spatiale, c'est beaucoup, beaucoup de boulot.

Le retour mais pas la fin de la mission

Direction le Pacifique donc, pour un amerrissage au large de la Californie jeudi. Mais contrairement à ce qu'on pourrait croire, poser le pied sur Terre ne veut pas dire que c'est fini pour elle. Après huit mois en apesanteur, le corps a complètement désappris la gravité : les muscles ont fondu, les os se sont fragilisés, le système cardiovasculaire tourne au ralenti parce qu'il n'a plus eu besoin de lutter contre le poids du sang. Du coup, direction Houston d'abord pour les premiers examens, puis Cologne, où l'ESA prend le relais avec une véritable équipe dédiée : médecins de vol, kinés, préparateurs physiques. Pour une mission aussi longue que la sienne, cette première phase de réadaptation dure généralement une quinzaine de jours, le temps de réapprendre à marcher droit, à garder l'équilibre, à ne plus lâcher un verre en pensant qu'il va flotter.

Et ce n'est que le début. Certains astronautes racontent que, des mois après leur retour, ils lâchent encore des objets dans le vide par réflexe, convaincus qu'ils vont rester en suspension. Les médecins estiment généralement qu'il faut compter entre six mois et un an pour retrouver un état physique comparable à celui d'avant le vol. Et au-delà du corps, l'ESA assure aussi un suivi psychologique sur la durée : revenir d'un séjour aussi intense et isolé, ce n'est pas rien non plus pour la tête.