Les océans mondiaux n'ont jamais été aussi chauds : un record qui inquiète les scientifiques
Crédit photo : Anderson Martins
Tech et Science · Antoine Lazare ·Le
Un chiffre, une date, et une inquiétude qui grandit chez les climatologues. Samedi 22 août, la surface des océans du globe a atteint une température moyenne journalière de 21,1°C, du jamais-vu depuis le début des relevés.
Ce nouveau seuil dépasse le précédent record, établi en mars 2024 à 21,09°C. L'annonce a été faite lundi par l'observatoire européen Copernicus, qui surveille en continu l'évolution des températures océaniques à l'échelle planétaire.
Un record à contretemps
Ce qui frappe les spécialistes, c'est le moment où ce pic a été enregistré. Habituellement, les températures océaniques mondiales culminent en mars et avril, période qui correspond à la fin de l'été dans l'hémisphère sud, là où se concentrent les plus vastes étendues d'eau du globe. Voir un tel record tomber fin août, en dehors de cette fenêtre saisonnière, constitue une anomalie que plusieurs médias et l'observatoire lui-même qualifient d'inhabituelle.
Cette rupture avec le calendrier climatique habituel interroge sur la rapidité avec laquelle les océans emmagasinent la chaleur. Les eaux marines absorbent en effet une part considérable de l'excès de chaleur généré par les activités humaines, jouant un rôle de tampon face au réchauffement de l'atmosphère. Mais ce rôle a un coût, visible désormais à travers des records qui se multiplient et surviennent à des dates de plus en plus imprévisibles.
Deux moteurs combinés
Copernicus attribue cette flambée à la conjonction de deux phénomènes. D'une part, la tendance de fond du réchauffement climatique d'origine humaine, qui élève progressivement la température de base des océans depuis des décennies. D'autre part, le développement du phénomène cyclique El Niño, décrit par certains observateurs comme particulièrement intense cette année.
El Niño, qui se caractérise par un réchauffement anormal des eaux de surface dans le Pacifique tropical, a pour effet classique d'amplifier temporairement les températures mondiales, tant dans l'océan que dans l'atmosphère. Sa combinaison avec le réchauffement de long terme crée un effet cumulatif qui explique, selon l'observatoire européen, l'ampleur inédite de ce nouveau record.
Des océans sous pression
Au-delà du chiffre symbolique, cette hausse traduit une pression croissante sur les écosystèmes marins. Une température de surface élevée favorise notamment le blanchissement des coraux, phénomène par lequel ces organismes expulsent les algues qui leur donnent couleur et nutriments, les rendant plus vulnérables, voire les menant à la mort si le stress thermique persiste. Les chaînes alimentaires marines, des plus petits organismes planctoniques aux grands prédateurs, peuvent également être perturbées par des variations de température trop rapides.
Ce record s'inscrit dans une série d'alertes similaires observées ces dernières années, où les seuils de température océanique sont régulièrement battus, parfois à quelques mois d'intervalle seulement. Cette récurrence interroge sur la capacité des océans à continuer d'absorber la chaleur excédentaire sans conséquences irréversibles sur leur fonctionnement.
Un indicateur suivi de près
Les données de Copernicus, qui reposent sur des mesures satellitaires et des observations in situ à l'échelle mondiale, font référence auprès de la communauté scientifique internationale pour le suivi du climat. Le programme européen publie régulièrement des bulletins qui permettent de mesurer, mois après mois, l'évolution des températures terrestres et marines.
Ce nouveau record de température océanique s'ajoute à une série d'indicateurs climatiques déjà scrutés avec attention par les chercheurs, qui y voient un signal supplémentaire de l'accélération du changement climatique. Reste à savoir si ce pic du 22 août marquera un point haut isolé ou s'il sera à son tour dépassé dans les mois à venir, comme cela a été le cas à plusieurs reprises depuis 2023.



