La Maison dévoile sa saison engagée et haute en couleurs.
Culture · Manuel Houssais ·Le ·
Le rouge est mis, littéralement. La plaquette de la nouvelle saison de la Maison de la Culture de Nevers arbore une couverture flamboyante, et ce n'est pas un hasard, Jean-Luc Revol, son directeur, voulait sortir des "couvertures sépia" des années précédentes. Résultat, une saison qui se veut plus colorée, plus cabarets mais qui n'oublie ni les tout-petits ni les villages les plus reculés de la Nièvre. Tour d'horizon avec les trois personnes qui l'ont construite pièce par pièce.
En podcast
Regards croisés
Une saison 2026-2027 qui se veut colorée à La Maison à Nevers
Le rouge est mis, littéralement. La plaquette de la nouvelle saison de la Maison de la Culture de Nevers arbore une couverture flamboyante, et ce (...)
Gaëtan Ricard : la mission jeune public pour fabriquer les spectateurs de demain
Conseiller à la programmation jeune public et chargé des relations avec les publics, Gaëtan Ricard est la tête chercheuse que Jean-Luc Revol a missionnée dès son arrivée pour alléger sa programmation générale, déjà bien dense. Concrètement, ça veut dire aller voir des spectacles un peu partout, imaginer une offre qui couvre toutes les tranches d'âge de la toute petite section jusqu'au collège et jongler entre exigence artistique et budget serré.
Mais derrière le mot "jeune public", il y a une vraie responsabilité, insiste Gaëtan Ricard. Pas question de programmer un spectacle juste parce qu'il est "sympa" ou "beau", chaque proposition doit pouvoir ouvrir des portes, susciter des vocations ou simplement nourrir le regard des futurs adultes sur le monde. La saison balaie large côté disciplines avec de la danse, du théâtre visuel, du mime avec Michel Dratt et du cabaret musical avec À cause des garçons, preuve que le genre jeune public a, lui aussi, largement dépassé l'image un peu réduite de la marionnette.
Parmi les propositions marquantes, Vertige, un spectacle de théâtre immersif destiné aux lycéens qui mêle les codes du théâtre contemporain à l'intelligence artificielle, ou encore Horizon Blanc, l'histoire d'un petit vampire qui a perdu le goût du sang, prétexte à parler, avec humour, du temps qui passe et de l'importance de profiter de l'instant présent. Le coup de cœur personnel de Gaëtan Ricard va à L'Habitant de l'escalier, de la compagnie Thème, basée dans la Nièvre, de la danse aérienne, du théâtre, de la musique en direct et un ancrage territorial fort, la compagnie intervenant régulièrement dans les écoles du département.
Jean-Luc Revol : "je ne me donne pas de limites"
Sur scène, l'exercice de présentation de saison le déprime autant qu'il l'anime, Jean-Luc Revol le confie sans détour, entre deux blagues sur son statut d'"adolescent emprisonné dans le corps d'un vieillard". Mais derrière l'autodérision, il y a un vrai discours de fond. Pas de fil rouge cette année, mais des thématiques qui s'imposent d'elles-mêmes, comme le passe-danse construit autour de quatre spectacles. Sa méthode c'est de ne pas se donner de limites au départ, puis resserrer, notamment pour des raisons financières comme le cirque, par exemple, recule cette saison faute de budget suffisant pour faire venir une compagnie canadienne.
Le directeur revendique ouvertement la dimension politique et militante de sa programmation. Diversité, LGBT, avortement, thérapies de conversion, autant de sujets qu'il refuse de considérer comme "acquis" dans le contexte actuel, qu'il juge préoccupant. Le cabaret, très présent cette saison avec notamment le spectacle des Six Girls, est présenté comme "le lieu de toutes les transgressions, le lieu de la parole libre". Un genre qu'il défend avec d'autant plus de conviction qu'il le voit, dit-il non sans ironie, redécouvert tardivement par le ministère.
Côté danse, longtemps parent pauvre de la programmation à son arrivée, Jean-Luc Revol se dit désormais "un peu content" du chemin parcouru, porté notamment par le dispositif du passe-danse qui permet aux abonnés de faire de belles économies sur quatre spectacles. Il évoque aussi, sans trop de nostalgie, la suite, trois saisons encore à la tête de la Maison, une dernière mise en scène avec sa propre compagnie la saison prochaine, puis davantage de temps consacré au jeu d'acteur. S'il devait ne retenir qu'une chose de son passage à Nevers, ce serait moins une trace qu'une dynamique relancée dans "la belle endormie".
Rosemay Lejay: la culture qui va chercher le public là où il est
Responsable de l'action culturelle et conseillère pour la programmation du territoire, Rosemay Lejay porte le dispositif Côté Jardin , une saison entière déclinée dans les salles des fêtes et communautés de communes de la Nièvre, loin et parfois très loin de Nevers. Direction Marigny-l'Église, Moulins-Engilbert ou Montapas, avec à chaque fois un vrai travail de repérage, quel type de spectacle peut tenir dans telle salle, faut-il apporter une scène, des gradins, des projecteurs LED ? La Maison vient avec son matériel, s'adapte au plafond bas d'une ancienne salle de classe comme à un public de 100 personnes venu voir Madame Raymond, par exemple.
Pas de fil rouge non plus côté territoire cette saison, mais un retour à une proposition spécifique pour le jeune public directement dans quatre communes, autour du handicap invisible. Parmi les pépites dénichées à Avignon, Avec Plaisir, coup de cœur théâtral de Sandrine Molaro sur les nuances du lien amoureux ou encore un spectacle de mars sur un texte de Duncan Macmillan porté par Thomas Poulard, qui ne nécessite ni scène ni décor et se joue au plus près du public.
Rosemey Leger rappelle aussi le retour, dès le 2 juillet et jusqu'au 28 août, de la tournée de l'épicerie culturelle, un camion rouge et jaune qui sillonnera 62 communes de la Nièvre cet été, en partenariat avec le département de la Nièvre. Fidèle à son principe fondateur depuis 2011, le programme ne révèle jamais à l'avance ce qui sortira du camion. Parmi les souvenirs marquants de ses tournées, elle garde une tendresse particulière pour Les Fouic's et leur cabine téléphonique itinérante, ou pour Mimi, doyenne d'un jardin de Meunoux, fidèle au rendez-vous jusqu'à son entrée en Ehpad à près de 100 ans.
À retenir : la saison 2026-2027 de la Maison de la Culture de Nevers démarre officiellement à la rentrée, mais l'épicerie culturelle ouvre le bal dès le 2 juillet dans les villages du département. Toute la programmation est à retrouver sur maisonculture.fr







