Un Roméo et Juliette à Sinuiju

Le roman suit deux lycéens, Yoon Gi et Mi Ran, dans la ville de Sinuiju. Nicolas Gaudemet a choisi la fiction plutôt que le documentaire pour mieux faire ressentir le quotidien nord coréen, loin des seules images de missiles et de grands discours. Pour donner des repères au lecteur, il reprend la trame narrative de Roméo et Juliette, adaptée aux origines sociales très différentes de ses deux héros.

Un regard échangé pendant une exécution publique

L’histoire s’ouvre sur une scène terrible, une exécution publique au stade de la Victoire de Sinuiju, à laquelle des classes entières de lycéens sont conviées pour l’exemple. Le regard du jeune Yoon Gi dérive alors vers celui de Mi Ran, un geste déjà proche de la dissidence dans un pays où chacun est scruté en permanence.

Une langue confisquée par la politique

Nicolas Gaudemet explique avoir dû composer avec un vocabulaire nord coréen riche pour désigner l’amour envers le parti, mais pauvre pour dire les sentiments individuels. Ses personnages empruntent alors malgré eux des métaphores politiques pour tenter de dire ce qu’ils ressentent, entre les corvées collectives, les séances d’autocritique hebdomadaires et le marché gris où travaille la mère de Yoon Gi.

Un roman nourri d’une documentation abondante

Nicolas Gaudemet s’appuie sur son propre voyage, sur des agences sud coréennes comme NK News ou Daily NK, sur une émission hebdomadaire de la radio publique sud coréenne, mais aussi sur des récits de transfuges et sur un roman traduit d’un auteur officiel du régime. Son prochain roman devrait se dérouler pendant la République de Weimar, une époque qu’il juge proche de la nôtre.

Nous n’avons rien à envier au reste du monde, de Nicolas Gaudemet, est publié aux éditions de l’Observatoire.