Le piment d'Espelette a beau avoir du caractère, il ne peut pas faire grand-chose contre la météo. En quelques années, les producteurs du Pays basque ont eu droit à presque tout, de la grêle en 2023, trop de pluie en 2024, de fortes chaleurs en 2025 et une sécheresse en 2026.

Cette année, la chaleur est même arrivée très tôt, dès le mois de mai, au moment des plantations. Et derrière, pas ou très peu de pluie pendant trois mois et demi. Pour les producteurs, difficile de faire pousser des piments dans ces conditions.

Vite de l'eau !

Jusqu'ici, les producteurs de piment d'Espelette n'avaient pas le droit d'arroser leurs plantations. Une règle inscrite dans le cahier des charges de l'appellation d'origine protégée (AOP). Mais avec les épisodes de sécheresse à répétition, cette interdiction devient de plus en plus difficile à tenir.

Une dérogation a donc été demandée pour permettre aux producteurs d'irriguer une partie de leurs cultures dès le mois de juin. Une aide loin d'être suffisante pour retrouver une récolte habituelle.

Et il n'est pas le seul à constater les dégâts. Pour certains producteurs, les pertes sont importantes. D'autres ont même préféré arrêter leur activité ces trois dernières années.

La sécheresse mais pas que

Comme si le manque d'eau ne suffisait pas, les producteurs doivent aussi se battre contre un champignon appelé le sclerotium. Avec les températures élevées, celui-ci se développe davantage et attaque les plantations.

Un problème supplémentaire pour une filière qui cherche déjà comment s'adapter. Des recherches sont actuellement menées pour mieux comprendre ce champignon et trouver des moyens de limiter ses dégâts mais en attendant, c'est toute une production locale qui souffre. L'appellation compte aujourd'hui 171 producteurs répartis dans dix communes du Pays basque. Chaque année, près de cinq millions de pieds sont plantés et la production dépasse habituellement les 190 tonnes de poudre.

Des chiffres qui montrent l'importance de cette spécialité pour le territoire, pour la France mais plus largement pour le monde.

Du coup, bah faut s'inquieter

Le piment d'Espelette ne va pas disparaître du jour au lendemain, quand même ! Mais les producteurs savent qu'ils ne pourront pas continuer éternellement comme avant. Depuis cinq ans, des expérimentations sont menées autour de l'irrigation pour trouver une solution adaptée. L'idée est de faire évoluer les règles de l'AOP afin de permettre un arrosage maîtrisé des cultures.

Une nouvelle version du cahier des charges doit être déposée en juin 2027 mais en attendant, les producteurs vont devoir continuer à composer avec une météo qui leur laisse de moins en moins de répit. Et le piment d'Espelette, lui, risque bien d'avoir besoin d'un petit coup de pouce pour garder sa place dans nos assiettes.