Ils ne sont pas tout à fait humains. Pas tout à fait monstres non plus. Vingt-cinq créatures habitent désormais la Galerie Montchougny de La Maison de Nevers : corps nus tendus dans des poses hiératiques, baignés de lumières colorées, regard fixe posé sur le visiteur. Bienvenue dans Half monster, Half god, une exposition photographique, vidéo et sonore signée Christophe Vootz et Antonio Bacchiddu.

Un projet né dans la pandémie

Le projet a une longue histoire. Christophe Vootz réalise la première image de la série en 2020, en plein confinement. Quatre ans de travail s'ensuivent, au cours desquels les créatures prennent forme une à une, dans le silence d'un studio bruxellois. « C'est un travail sur l'humanité en mutation », explique le photographe. Des êtres proches de nous, mais pas tout à fait. Suffisamment familiers pour capter l'attention, suffisamment étranges pour susciter l'inconfort.

Le titre lui-même dit tout de cette tension : mi-monstre, mi-dieu. « Ce qui m'intéressait dans cette dualité, c'est le côté attraction-répulsion », précise Christophe Vootz. « On pourrait même les trouver beaux. Mais il y a toujours ce truc mélangé. » L'artiste y assume aussi une part de toute-puissance créatrice : c'est lui qui les a façonnés, sculptés à coups de Photoshop (sans intelligence artificielle) à partir de corps réels, photographiés lors de séances courtes mais intenses.

Des corps en tension

Le processus de création est particulier. Les modèles, choisis pour leur liberté avec leur propre corps autant que pour leur singularité physique, posent pendant une demi-heure à trois quarts d'heure tout au plus. Le temps pour Christophe Vootz de leur demander de tendre simultanément plusieurs parties du corps : les yeux, les mains, le torse. « Ils ne savent plus à quoi ils ressemblent », reconnaît-il. De cette confusion naît quelque chose qui ressemble à une transe, une présence brute que le photographe capte avant de retravailler longuement l'image en post-production.

Le résultat tient à la fois de la sculpture et de la peinture. « On dirait qu'ils ont été pétris à la main », remarque-t-on spontanément devant les tirages grand format. Christophe Vootz acquiesce : « Je les ai sculptés en Photoshop. » La référence à l'argile, au potier façonnant son oeuvre, n'est pas anodine dans une exposition qui interroge les frontières entre la Création et la Créature.

Une expérience immersive à trois voix

Là où l'exposition dépasse le simple accrochage photographique, c'est dans son ambition scénographique totale. Antonio Bacchiddu, vidéaste, a insufflé une fine couche de vie aux créatures : elles respirent à peine, dans des animations minimalistes qui leur donnent juste l'illusion d'être vivantes, sans briser leur posture solennelle. En parallèle, il a composé un paysage sonore dit « liquide », fait de sons dystopiques et hors du temps, qui enveloppent l'espace entier et tissent des liens invisibles entre les figures.

La lumière, elle, n'est pas neutre. Des teintes de rouge, de mauve et de vert traversent la galerie, faisant écho aux couleurs qui baignent les portraits. Le visiteur lui-même se retrouve plongé dans ces bains de lumière, devenant temporairement semblable à ces créatures qu'il observe. Un effet miroir voulu : « La grande question de ce travail, c'est qui sommes-nous ? » dit Christophe Vootz.

« Ce qu'on lit en premier dans cette exposition correspond profondément à soi. »

Les artistes conseillent d'ailleurs de venir seul, hors des soirs de vernissage, pour se laisser absorber par cet univers tout noir. Une expérience qu'ils qualifient volontiers d'intime, presque cinématique.

 
INFOS PRATIQUES

Half monster, Half god / Photographie, Vidéo et Univers sonore

Du 6 mars au 11 juillet 2025. Galerie Montchougny, La Maison, 2 boulevard Pierre-de-Coubertin, Nevers. Entrée libre. Ouvert du mardi au vendredi 10h30-18h30, samedi 10h-13h.