Une soirée pensée comme une démonstration

Pas de tribune ni de grand discours mais des tables d'échange sur l'éducation et sur l'économie et l'emploi, des questionnaires à remplir et une ambiance détendue. Amandine Boujlilat reconnaît ne pas s'être attendue à autant de monde. Elle décrit un public très mélangé avec des chefs d'entreprise, présidents d'associations, élus, soignants, habitants, des jeunes comme des retraités.

Pour elle, tout tient dans la consultation citoyenne, qu'elle appelle « le fil rouge » du mouvement. L'idée est de faire remonter le terrain jusqu'aux politiques publiques. Elle raconte que des habitants poussent la porte du local pour qu'on leur explique des propositions qu'ils trouvent obscures, et y voit la preuve que la pédagogie est un vrai besoin.

Côté chiffres, les organisateurs disent être passés de 160 adhérents avant la soirée à près de 200 après.

Hors partis, mais « politisés »

Le mouvement dit ne pas s'inscrire dans un parti, mais Amandine Boujlilat refuse pour autant de se dire neutre.

« Nous, on est politisés », affirme-t-elle

Selon elle, on ne peut pas s'engager sans faire de politique.

Elle se définit comme démocrate et de centre-gauche, tout en admettant que tous les adhérents n'ont pas une sensibilité aussi tranchée. Reste à voir comment une étiquette assumée par sa présidente s'accorde avec un mouvement qui veut rester ouvert à tous. La question se posera d'autant plus que Louison Gabelin, secrétaire général de Place Publique Jeune, co-référent du parti en Mayenne et membre de l'équipe de campagne de Raphaël Glucksmann, présent à la soirée, a parlé d'un lien entre Place Publique et Pour Vous.


Des élections dans le viseur

C'est le changement de ton de la soirée. Amandine Boujlilat annonce que le mouvement sera présent aux législatives, aux départementales et aux régionales et qu'il s'y prépare depuis cinq mois. Sa logique tient en deux temps, d'abord travailler, écouter, se déplacer pour gagner en crédibilité et ensuite se présenter. Pour elle, on ne change les choses qu'en étant élu.

Et pour les présidentielle ?

pédagogique, décortiquer les programmes pour que chacun fasse un « choix éclairé ». Avant la fin de l'année, deux tables rondes sont prévues, l'une sur l'éducation, l'autre sur le développement économique, suivies du logement, de l'inclusion et de la santé. Amandine Boujlilat parle aussi d'un projet de territoire sur dix à quinze ans, donc bien au-delà d'un mandat.

Les priorités, elles, ont bougé. En novembre, pendant la campagne municipale, la sécurité arrivait en tête. Ce soir-là, elle n'était pas au programme des chantiers annoncés et l'éducation prenait le devant de la scène. Rien ne dit qu'il y ait contradiction. Mais on peut se demander si cet agenda est le fruit de la consultation ou d'un repositionnement.

La jeunesse et la culture, vues par l'invité de Place Publique

Louison Gabelin, 23 ans, a pris la parole pour parler d'engagement des jeunes. Selon lui, la jeunesse n'a pas besoin qu'on l'infantilise mais qu'on lui redonne de l'envie et de la légitimité. Il estime aussi que le monde rural a trop souvent été délaissé, y compris par la gauche.

Sa priorité supplémentaire, c'est la culture, qu'il voit comme un ciment pour les territoires ruraux. Il cite sa région d'origine, les Pays de la Loire, dirigée par Christelle Morançais, qu'il décrit comme un « laboratoire » des coupes budgétaires dans ce secteur. 

Une ambition qui devra passer par les urnes

Cette soirée de rentrée dit surtout une chose, Pour Vous a franchi un cap, c'est clair. Le mouvement ne se contente plus d'écouter, de consulter et d'expliquer, il annonce qu'il ira aux élections, toutes. Amandine Boujlilat le dit sans détour, on change les choses en étant élu et la crédibilité se construit avant de se présenter.

Le pari est cohérent, mais il porte une tension que la soirée n'a pas résolue. Un mouvement qui se veut ouvert à tous, sans étiquette imposée, devra à un moment trancher, composer des listes, choisir des alliés, défendre une ligne. Or cette ligne reste à préciser, entre un centre-gauche revendiqué par sa présidente et un lien évoqué avec Place Publique. Les priorités elles-mêmes ont évolué depuis la campagne municipale, ce qui peut aussi bien traduire une écoute réelle du terrain qu'un repositionnement.

Reste une force que même les sceptiques lui reconnaîtront, la capacité de réunir près de 90 personnes de profils très différents un soir de rentrée. C'est un capital de départ, pas une preuve de poids électoral, c'est un premier test de mobilisation.

Le vrai juge, désormais, sera le scrutin. C'est là que Pour Vous devra démontrer que sa manière de faire de la politique produit autre chose que de la bonne volonté.