À quelle heure lever les yeux

Le rendez-vous se joue en trois temps. À Nevers, ça démarre à 19 h 25 : la Lune mord le premier bord du Soleil. Discret, au début. Puis le phénomène monte en puissance jusqu'au maximum, à 20 h 20. C'est le moment fort, celui où la lumière tombe le plus bas. La normale revient ensuite, jusqu'à la fin vers 21 h 12.

Comptez donc près d'une heure trois quarts de spectacle. Mais si vous ne deviez retenir qu'un créneau, ce serait 20 h 20.

Où regarder dans le ciel ?

Vers l'ouest, et bas. Très bas. Au maximum, le Soleil ne sera qu'à 6 degrés au-dessus de l'horizon, soit à peu près la largeur de trois doigts tendus à bout de bras. Il se couchera dans la foulée.

Traduction concrète : oubliez le jardin cerné d'arbres ou la rue bordée d'immeubles. Il vous faut une vue bien dégagée côté couchant. Les hauteurs de La Charité-sur-Loire et les espaces ouverts autour de Varennes-Vauzelles feront très bien l'affaire. Le Morvan est une place idéale également. Un champ, une colline, un bord de Loire sans obstacle : même logique.

Bonne nouvelle, la météo s'annonce clémente sur le secteur, avec un horizon ouest dégagé.

Les lunettes, ce n'est pas une option

On insiste, parce que c'est le seul point sur lequel il n'y a aucune négociation. On ne regarde jamais le Soleil sans protection certifiée, éclipse ou pas.

Il vous faut des lunettes spéciales à la norme ISO 12312-2. Point. Vos lunettes de soleil ne servent à rien ici. Ni le CD, ni le vieux négatif photo, ni le verre fumé du grand-père, ni l'écran du téléphone. Ces bricolages laissent passer ce qui brûle la rétine.

Le piège, ce soir, c'est justement que 93 % du Soleil disparaît. On se dit qu'il ne reste presque rien à craindre. Faux. Le mince croissant encore visible garde assez de puissance pour abîmer l'œil en quelques secondes. Sans douleur, sans prévenir, sans retour en arrière. Alors on garde les lunettes sur le nez pendant toute la durée, y compris pour viser avec un appareil photo ou des jumelles, qui réclament en plus leur propre filtre solaire.

Au fait, c'est quoi une éclipse solaire

Le principe tient en une phrase : la Lune passe pile entre la Terre et le Soleil, et nous fait de l'ombre.

De temps en temps, les trois astres s'alignent presque parfaitement. La Lune, pourtant minuscule à côté du Soleil, a le culot de paraître exactement de la même taille dans notre ciel, question de distance. Elle peut donc masquer notre étoile. Là où son ombre la plus dense touche le sol, c'est la totalité : il fait nuit en plein jour. Autour de cette bande étroite, on ne voit qu'une éclipse partielle.

Ce soir, la bande de totalité passe par le nord de l'Espagne. La Nièvre, elle, se trouve à un peu plus de 600 kilomètres de cette trajectoire. D'où notre part belle, mais partielle. Et si ça n'arrive pas tous les mois alors que la Lune tourne sans cesse autour de nous, c'est que son orbite est légèrement inclinée. La plupart du temps, elle passe un peu trop haut ou un peu trop bas pour venir boucher le Soleil.

Et après ce soir ?

Profitez-en vraiment. Une éclipse aussi mordante au-dessus de la Nièvre, ça ne court pas les rues. Pour voir la totalité depuis la France métropolitaine, il faudra patienter jusqu'au 3 septembre 2081. La plupart d'entre nous ont donc rendez-vous ce soir, ou jamais.

Sortez tôt, visez l'ouest, gardez les lunettes. Et levez la tête.