Du Morvan au bout du monde : le chaos vu par Gilles Bouchicot
Culture · Manuel Houssais ·Le ·
Un corps nu, agenouillé, resurgit d'une toile à l'autre. Spectrale, brumeuse, minérale, cette silhouette hante l'ensemble de l'exposition que Gilles Bouchicot installe au marché couvert de Moulins-Engilbert. Ni héros ni martyr, ce témoin regarde avec nous un monde qui se fracture. Les 19 et 20 septembre, à l'occasion des Journées européennes du patrimoine, ses toiles ouvrent une brèche dans le réel et posent une question simple mais vertigineuse : que reste-t-il de beau quand tout semble s'effondrer ?
Le gouffre originel revisité
Le titre de l'exposition, Chaos/Paradoxe/Contradiction/, renvoie au sens ancien du mot chaos, cette béance primordiale dont parlaient déjà Hésiode et Ovide, ce vide d'où jaillissaient la lumière et les dieux. Gilles Bouchicot s'empare de ce mythe fondateur pour l'ancrer dans notre présent. Guerres, exterminations, appétits de profit : le peintre convoque les grands effondrements de l'histoire humaine autant que les pressentiments d'un désastre à venir.
L'esthétique de la désolation
Entre peinture et collage, entre effacement et surgissement, chaque toile interroge la possibilité même du beau dans la désolation. L'artiste ne tranche pas. Il expose une ambivalence, celle qui mêle fascination et effroi, destruction et genèse, et qui donne à ses œuvres leur tension particulière.
Un corps face à l'hypercapitalisme
Data centers assoiffés d'eau, dérèglement climatique, bombe atomique, guerre en Ukraine : les sujets défilent, actuels et intemporels à la fois. Au centre de chaque scène, ce même corps abîmé, consumé par un monde régi par le profit, mais toujours debout, capable d'incarner par sa seule fragilité une forme de résistance.
L'exposition Chaos/Paradoxe/Contradiction/, de Gilles Bouchicot, se tient les 19 et 20 septembre de 10 heures à 18 heures, au marché couvert de Moulins-Engilbert, place Lafayette, dans le cadre des Journées européennes du patrimoine.








