Le centenaire de Raymond Devos fêté à Nevers, avec six comédiens sur scène
Il y a des titres qui claquent tout de suite, et "Il a la côte de Devos" en fait clairement partie. Le 16 octobre, ce spectacle imaginé par Daniel Benoin pose ses valises au théâtre municipal de Nevers, dans ce fameux théâtre à l'italienne. L'occasion, pour The Vox, de revenir sur cette création qui fête à sa manière le centenaire de la naissance de Raymond Devos.
D'où vient ce titre, justement ?
Devos avait pour habitude de dire "côte de Vos" pour parler de sa propre popularité, un jeu de mots assumé sur son propre nom. Daniel Benoin s'en est emparé et l'a transformé en "Il a la côte de Devos". Un clin d'œil malicieux, à l'image de l'humoriste lui-même.
Un spectacle né presque par surprise
Daniel Benoin ne s'attendait clairement pas à un tel succès.
"Ça fait deux ans et demi que je l'ai monté, et je ne pensais pas que ça durerait aussi longtemps", confie-t-il.
Et pourtant, la mécanique fonctionne toujours : "les gens ont l'air toujours très contents", explique-t-il, ajoutant que le public "redécouvre Devos" à chaque représentation.
L'étincelle est née d'un constat presque inquiétant pour Daniel Benoin. En allant présenter le projet dans un lycée, il a demandé aux élèves s'ils connaissaient Raymond Devos. Réponse, "Personne. Personne."
De quoi le convaincre qu'il y avait "vraiment un truc à faire". Il a alors invité des collégiens et lycéens à assister aux répétitions "ils sont sortis de la répétition emballés", raconte-t-il, non sans fierté d'avoir, selon ses propres mots, "fait une bonne œuvre pour la mémoire de Raymond Devos".
Six comédiens, mais jamais d'imitation
Sur scène, six comédiens se partagent les textes de Devos certains ne font qu'une ligne, d'autres s'étalent sur deux pages et demie, et certains dialoguent même entre eux comme s'ils étaient chacun Devos. Mais Daniel Benoin a posé une règle claire dès le départ :
"Vous n'imitez jamais Devos, vous dites du Devos."
La seule exigence, selon lui, c'est de retrouver "cette espèce d'énergie incroyable" que l'humoriste dégageait sur scène jusqu'à, dans ses mots, "devenir fou sur scène" par moments.
Au casting de la date neversoise, Patrick Chesnais, Mathilda May, Julie Ferrier, Michel Boujenah, ainsi que Daniel Benoin lui-même. Gérard Jugnot a lui aussi fait partie de l'aventure depuis ses débuts, "tant qu'il a pu le faire", précise le metteur en scène, ses tournages rendant parfois sa présence plus compliquée. Il évoque aussi Patrick Chesnais, qui "a refusé des trucs pour pouvoir le faire » signe, selon lui, de l'attachement des comédiens à ce projet.
Pas qu'un hommage aux textes, un hommage à l'homme
Le spectacle ne se limite pas à une succession de sketchs. Des images d'archives de Devos, notamment tirées de ses passages télé, viennent ponctuer la représentation.
"Ce n'est pas uniquement un hommage aux textes de Devos, c'est aussi un hommage à l'homme", résume Daniel Benoin.
Il assure que cette alternance "marche très fort" auprès du public. Résultat, selon lui : "les gens sont debout à la fin. Et je pense que Devos doit être content."
Un style disparu des scènes actuelles ?
Interrogé sur l'héritage de Devos dans le paysage humoristique d'aujourd'hui, Daniel Benoin ne s'en cache pas, il a peur qu'on ait perdu ce genre de personnage, notamment à cause de l'essor du stand-up, qui a selon lui "vraiment transformé complètement le rapport aux spectacles d'humour". Une exception tout de même pour Alex Vizorek, ami proche qu'il a lui-même amené au théâtre, et qu'il juge "formidable" pour la qualité de son écriture. D'ailleurs, l'humoriste belge ne sera pas si loin de Nevers cet hiver, puisqu'il jouera à Bourges en décembre.
Un sketch qui reste gravé
Quand on lui demande quel sketch le marque encore aujourd'hui, Daniel Benoin évoque une chanson que Devos interprétait à la guitare en clôture de spectacle, où il racontait être au bord de la mer sans jamais se baigner la fille qui l'accompagnait étant, selon la chute, bien trop peu avenante pour donner envie de plonger. "C'est très drôle en fin de course", sourit-il, avant d'insister :
"C'est lui, ce n'est pas nous. Ce ne sont pas les comédiens d'aujourd'hui, c'est Devos, le vrai, en vidéo."
Nevers, une ville associée à un nom bien précis
Interrogé sur ce que lui évoque Nevers, Daniel Benoin cherche d'abord ses mots avant de retrouver le nom de Pierre Bérégovoy, ancien Premier ministre né dans la ville "un type bien", glisse-t-il. Pour le reste, ses souvenirs restent flous : il confie n'être venu qu'une seule fois à Nevers, gardant le souvenir d'"une belle ville".
Et après Devos ?
Daniel Benoin ne compte pas s'arrêter là. Un nouveau spectacle consacré à Pierre Desproges doit voir le jour au printemps prochain, dans son propre théâtre. Une manière, pour le metteur en scène, de poursuivre ce travail de mémoire autour de figures de l'humour français qu'il juge aujourd'hui trop souvent oubliées.
Infos pratiques
Spectacle : Il a la côte de Devos
Date : jeudi 16 octobre
Lieu : Théâtre municipal de Nevers








