Rencontre avec Greg Zlap, l’harmoniciste qui a partagé la scène avec Johnny pendant 1O ans
Le soir de notre rencontre il pleut sur Nevers mais sur la terrasse du Conti, quelques fidèles attendent quand même. Greg Zlap pose sa mallette d'harmonicas sur la scène. Dans quelques minutes, il joue ici, au plus près des gens, en avant-première de son concert du 5 décembre à l'Agora Nevers. Le spectacle s'appelle « Toute la musique que j'aime », un hommage à Johnny Hallyday dont il a partagé la scène pendant dix ans.
On a tous quelque chose en nous de Tennessee…même à Varsovie
Rien ne le destinait au blues. Greg Zlap a grandi à Varsovie en Pologne qui n'est pas le pays du blues par excellence. Un jour on lui offre un petit harmonica, comme on en trouve chez tous les grands-pères. Il joue deux mélodies, s'ennuie puis laisse tomber. Puis un jour, il entend un blues.
« Je me suis dit : ce n'est pas possible. Moi, je n'arrive pas à faire ça avec mon instrument. Je suis arrivé à la conclusion que le musicien trichait. »
Il lui faut percer le mystère.
« Et ça ne m'a jamais lâché. »
Elle vient de là, elle vient du blues
Pourquoi « harmonica » ? « Parce que ça harmonise. »
C'est un instrument inventé pour ceux qui ne lisent pas la musique, il suffit de respirer dedans et ça joue tout seul. Sauf que les bluesmen y ont trouvé une faille, des notes qui n'existaient pas, qui n'étaient pas prévues et c'est ça qui a mené au blues.
D'où le décalage qu'il constate à chaque concert entre l'harmonica de western, facile à apprendre, et celui du blues, plus fascinant.
« Les gens viennent me voir après et me disent qu'ils ne savaient pas qu'on pouvait faire tout ça avec un harmonica. »
La mallette, elle, n'est pas une collection. Chaque harmonica est conçu pour une tonalité, do, ré, mi... Un par note, et il choisit selon le morceau.
« C'est un instrument de feignant : il suffit que je sache jouer sur un seul harmonica, et après je fais la même chose sur un autre. »
Alors ça... pas sûre.
Je te promets, l'histoire improbable avec Johnny
Il n'a jamais cherché à le rencontrer. Il avait son groupe, ses tournées, il jouait du blues. Puis il enregistre des maquettes pour l'album Blues de Johnny, sans l'avoir croisé. Johnny les écoute :
« Mais qui joue de l'harmonica ? Il habite à Paris ? C'est lui que je veux. »
Ensuite vient un piège, selon ses mots, une publicité Optic 2000 où Greg joue. Johnny arrive, et lui demande s'il joue sur les Marine Band, un harmonica mythique du blues.
« Je lui ai dit : oui, bien sûr, mais comment tu connais ça ? » Ce sera le fil conducteur de leurs dix années ensemble.
Dix ans, des stades, la tour Eiffel, « et personne ne s'attendait à voir un harmonica dans les concerts de rock ». Johnny le pousse à improviser et le laisse seul avec son public. Résultat :
« Je suis devenu une espèce d'harmonica héros. On connaissait les guitar heroes, on ne connaissait pas l'harmonica héros. »
Son souvenir préféré c'est lors d'une répétition. Johnny lui demande un solo sur une chanson qu'il ne connaît pas. Gabrielle. Il improvise, et c'est un super solo. Mais Johnny vient le voir :
« Dis donc, tu ne vas pas rester planté comme un piquet derrière ton micro quand on va faire le show. »
Greg comprend alors que la virtuosité ne suffit pas.
« Je lui ai promis que je ferai le show. Je ne sais pas encore comment, mais je ferai le show. Cette promesse, je la garde toujours. »
Et faire rugir...
Sur scène, le 5 décembre, il sera entouré d'un groupe, deux guitares, basse, batterie, et lui à l'harmonica. Le fil, c'est le blues, Johnny, d'où vient « toute la musique que j'aime », et surtout le live, quelque chose de très organique, de très vivant. Les chansons que tout le monde connaît, celles de Johnny mais avec l'harmonica qui chante.
Ce n'est pas une image, l'harmonica est le seul instrument qui se joue en respirant, comme la voix.
« C'est le corps qui participe. »
Et quand il joue les premières notes, les gens se mettent spontanément à chanter.
Alors jouer sur une terrasse de bar, comme ce soir-là au Conti, ça lui plaît.
« Il n'y a pas de petits concerts ou de grands concerts. Un concert, quel que soit le contexte, c'est sacré. »
Avant l'enregistrement, il fallait se déplacer pour entendre de la musique.
« À chaque fois qu'on se réunit autour de la musique, il y a quelque chose d'inexplicable qui se passe. Un langage mystérieux qui nous unit tous. »
« Toute la musique que j'aime », c'est à la fois l'album et la tournée, qui continuera l'an prochain. Et après ? D'autres projets personnels, mais il n'a jamais accompagné d'autres artistes :
« Personne n'a besoin d'harmonica. Quand on se lance là-dedans, il faut être leader, la seule exception, c'était Johnny. »
Rendez-vous le 5 décembre à l'Agora Nevers, qui sera une soirée réussie si :
« On a ressenti une communion avec le public et où il y a un moment où on se plante. Il n'y a pas de bon concert s'il n'y a pas une erreur à un moment. »
Greg Zlap avait promis à Johnny de « faire le show », et il tient parole depuis. Le 5 décembre à l’Agora, ça sera encore le cas.








