Hôpital de Nevers, épisode 3 : un tableau clinique pas très rassurant
Nevers et Nièvre · Par Fabienne Dhugues ·Le samedi 26 juillet 2025 à 12h17
Photo de Ante Samarzija sur Unsplash
On l'a bien compris, l'hôpital de Nevers souffre. L'établissement affronte bien sûr les difficultés que tous les centres hospitaliers de France subissent. Mais il a aussi ses propres problèmes. Notamment une ambiance pourrie qui accentue les fragilités structurelles. Et après la mise en place d'une administration provisoire afin d'identifier ce qui gangrène le CHAN Pierre-Bérégovoy, la Haute Autorité de Santé finit par annoncer en 2024 la non-certification de l'hôpital. Ouch ! Comme dans les épisodes précédents, David Boucher délégué CFDT nous aide à y voir plus clair.
D'abord, il souligne qu'être placé sous « administration provisoire, c'est assez rare. Mais le tout était de faire un état des lieux » et voir si l’établissement remplissait un certain nombre de ses obligations et surtout quelles étaient ses faiblesses.
Et il y en a beaucoup puisque l'hôpital est donc non-certifié. « C'est à dire que les canons attendus ne sont pas réalisés, explique David Boucher. Sur le soin, la prévention mais aussi sur comment communiquer un courrier, comment on relève les problématiques, comment on les corrige... En clair comment on est en capacité de répondre du début à la fin pour faire en sorte que le système de santé local soit fonctionnel et apporte les soins attendus – si ce n'est au minimum – par la population. »
La Haute Autorité de Santé rédige « un rapport de tout ce qui ne va pas. » et le constat général pointait un manque « de lignes directrices dans l'établissement. » Et il faut avouer que le fonctionnement quotidien avait aussi de quoi surprendre. « Par exemple, devant les inspecteurs, un médecin a demandé à l'infirmière ce qu'il devait prescrire. Vous imaginez bien que cela ne semble pas le bon cheminement des soins... Avec l'expérience, les infirmières en savent parfois plus que certains médecins. Mais les infirmières et les soignants en général sont là pour suggérer des choses. Suggérer, s'assurer que la bonne prescription a été faite car (s'il y a un problème) on peut être condamné pour mauvaise prescription. D'ailleurs, les infirmières qui ont été condamnées ce sont souvent des infirmières n'ayant pas vérifié que la prescription était adéquate. Et dans ces affaires là, c'est bizarre, toutes les prescriptions ont disparu, il ne restait plus que l'exécuteur. »
« On ne garde pas, on ne recrute pas »
Un des éléments noté, avant même la qualité des soins, soulève un autre problème : depuis quinze ans, l'établissement ne respecte pas toujours la loi.
Plannings illégaux, générations d'horaires négatives, l'hôpital a été condamné à plusieurs reprises. « Là, aujourd'hui, c'est le non respect des décrets de 2002 sur le respect de la vie familiale des agents, ajoute David Boucher. Raison aussi pour laquelle ils ne restent pas. » Et s'il y un non respect des textes de loi « on épuise tout le monde, on ne veut plus y aller. Car ce qui était socialement acceptable il y a encore quinze ou vingt ans ne l'est plus aujourd'hui. Du coup on ne garde pas, on ne recrute pas quel que soit le corps, les agents ou les médecins. »
De fait, en avril 2024, un tiers des postes n'étaient pas pourvus. « Ensuite, ils ont mis des objectifs financiers qui étaient intenables. Aujourd'hui le déficit annuel – qui s'est aggravé en 2024 – c'est plus de 7 millions d'euros. Portant le déficit total de l'établissement à 22 millions d'euros sur un budget de près de 200 millions d'euros. Et il a été annoncé au conseil de surveillance que l'activité 2025 était catastrophique. »
Sans doute en partie parce que faire appel à des intérimaires pour palier aux manques impacte les finances. En 2023, Denis Thuriot – maire de Nevers et président du Conseil de surveillance de l'hôpital – expliquait qu'un intérimaire pouvait coûter entre « entre 1000 et 3000 euros » la vacation. (1)
David Boucher parlait lui de 2000 euros. Puis sempiternellement, comme le dénonçait la CFDT mais aussi Denis Thuriot, il y un énorme problème de personnes. « Les administrateurs provisoires avaient rarement vu ça. Il y a des médecins, c'est identifié, qui restent parce que c'est confort, ils viennent pour le salaire, ils ne font pas d'efforts. (…) Une poignée de médecins sont là pour nuire à l'hôpital, je le dis sans langue de bois. Aujourd'hui, ce problème n'est pas réglé, et ces gens sont une gêne pour l'hôpital. » vilipendait l'édile (2)
L'hôpital n'est pas apaisé et les problèmes persistent.
C'est une spirale infernale
L'ambiance est délétère au sein de l’établissement ; la gouvernance n'arrive pas à se faire ; soignants et médecins partent ; on prend des intérimaires ; il n'y a pas de cohésion de groupe ; les tensions s'accumulent ; les soins sont erratiques ; les personnels continuent de quitter le navire ; le déficit se creuse...
Dans son rapport, la Haute Autorité de Santé pointait elle aussi « les difficultés de recrutement, en particulier médicale (qui) impactent fortement l'activité, l'offre de soin et la sécurité dans certains secteurs. Des lits ont été fermés. 399 lits ouverts sur 602 autorisés au moment de la visite. (...) Les urgences qui admettent environ 33 428 passages par an ne disposent pas de l'effectif suffisant permettant de garantir la sécurité des soins. »
Après ce bilan, les mois sous administration provisoire et la non certification de l'établissement, un nouveau directeur est arrivé en avril 2024. Qui n'a pas la tâche facile. Car l'hôpital n'est pas apaisé et les problèmes persistent. En février dernier, des soignants ont déposé arrêts maladie et accidents de travail disant ne « plus supporter ces conditions physiques et psychologiques » au sein du CHAN. Et David Boucher de préciser qu'à l'heure actuelle « on a structurellement des choses qui se dégradent. C'est pour ça que cette question du panier garni m'a parue totalement farfelue. Parce qu'on a carrément d'autres problèmes. » Fin juin, durant deux jours, l'accès aux urgences a ainsi été restreint, la direction indiquant qu'« en l’absence de ressource médicale urgentiste disponible, les urgences adultes ne pourront pas accueillir de nouveaux patients durant cette période »
Alors des problèmes, ça oui, il y en a. En cascade. Mais quid des solutions pour sortir de l'ornière dans une situation qui semble totalement enlisée ?
À suivre.
Sollicitée par mail, la direction de l'hôpital de Nevers n'a pas répondu à notre demande d'interview.
(1) Source Le Figaro
(2) Source France 3 Bourgogne








