La Nièvre offre des vacances aux pompiers mobilisés contre les mégafeux
Nevers et Nièvre · Théo L.V. ·Le ·
L'été 2026 restera dans les mémoires comme l'un des plus rudes pour les sapeurs-pompiers français. Face à des incendies d'une ampleur inédite dans le Var et en Gironde, le Conseil départemental de la Nièvre, le SDIS 58, l'Union départementale des sapeurs-pompiers et Nièvre Attractive ont décidé de répondre par un geste concret : offrir aux pompiers mobilisés sur ces feux, ainsi qu'à leurs familles, un séjour de quelques jours dans le département, entre le 4 septembre et la Toussaint.
Une opération née dans l'urgence de l'été
Baptisée « Merci les pompiers, la Nièvre vous ouvre ses portes », l'initiative est portée conjointement par les quatre structures. Fabien Bazin, président du Conseil départemental, explique la genèse du projet :
« On a réagi aux feux qui ont ravagé le pays pendant l'été, à l'épisode caniculaire, en se disant qu'on avait un signal à donner dans ce département. »
Une centaine d'hébergeurs nivernais se sont déjà mobilisés, proposant des réductions allant de 30 % à 100 % sur leurs tarifs, financées à parts égales entre le Conseil départemental, le SDIS 58 et les hébergeurs eux-mêmes. Selon les derniers chiffres communiqués, une soixantaine de sapeurs-pompiers s'étaient déjà inscrits, pour un objectif d'une centaine de familles accueillies.
L'opération n'est pas conçue comme un one-shot isolé. Fabien Bazin y voit un signal national :
« On espère qu'ils s'empareront de celui-là aussi », glisse-t-il en référence à la couverture médiatique espérée, rappelant qu'une précédente opération de ce type, « Essayer la Nièvre », avait généré l'équivalent de 2 millions d'euros de retombées publicitaires grâce aux reportages de médias nationaux.
Un été hors normes pour les pompiers
Le colonel Olivier Peycru dresse un constat sans détour :
« C'est l'été de tous les records en termes de superficie brûlée, en termes d'engagement au titre de la solidarité nationale. »
Dans la Nièvre, la superficie brûlée a doublé par rapport aux années précédentes, avec plusieurs dizaines de bâtiments préservés grâce à l'action des services de secours.
Les feux de Brassy et de Villapourchon, qui ont nécessité respectivement cinq et trois jours d'intervention, ont mobilisé environ 300 sapeurs-pompiers du corps départemental sur les 1 300 que compte la Nièvre. Le colonel Peycru insiste aussi sur un changement d'échelle national :
« Avant, on était capables en France de faire deux feux de 500 hectares en même temps. Aujourd'hui, en France, on peut avoir cinq feux de 500 hectares en même temps. »
Une réalité qui a conduit des renforts nivernais jusque dans la Drôme, un département où le SDIS 58 n'était encore jamais intervenu.
Le volontariat, un modèle sous tension
Si les effectifs nivernais restent stables sur le papier, 1 200 sapeurs-pompiers volontaires et 170 professionnels, Fabien Bazin pointe une évolution plus profonde, celle du rapport des jeunes générations à l'engagement :
« Notre problème, c'est que le rapport à l'engagement et au travail a évolué. » Une question qu'il refuse de traiter par la nostalgie : « On peut le raconter qu'il faut restaurer la valeur travail mais ça ne marchera jamais. »
Mickaël Maunoir, président de l'UDSP 58 (Union Départementale des Sapeurs-Pompiers de la Nièvre), insiste de son côté sur le rôle du réseau associatif pour faire connaître l'initiative bien au-delà des frontières du département :
« Quand on diffuse, on va diffuser à 250 000 adhérents de toute la France. »
Une diffusion en cascade, via les unions régionales, qui explique en partie l'intérêt déjà suscité dans d'autres départements. Il cite d'ailleurs l'appel reçu d'un homologue varois, impressionné par l'initiative :
« C'est génial, ce que vous faites, vous êtes un département à taille humaine qui a tout de suite perçu. »
Un soutien financier réel, mais jugé insuffisant face à l'ampleur des enjeux
Le Conseil départemental, principal financeur du SDIS, a fait passer sa participation de 10,7 millions d'euros en 2022 à 13,8 millions d'euros en 2026, soit 3,1 millions d'euros supplémentaires en quatre ans, permettant notamment le recrutement de 18 sapeurs-pompiers professionnels depuis 2023, avec six postes supplémentaires prévus en 2026. Le département compte aujourd'hui 45 centres d'incendie et de secours, pour 18 360 interventions réalisées en 2025.
Mais ces efforts locaux ne suffisent pas à eux seuls, selon Mickaël Maunoir, qui pointe un problème plus large de reconnaissance de l'engagement des entreprises employant des sapeurs-pompiers volontaires. Un courrier envoyé mi-juillet aux employeurs pour faciliter la libération de leurs salariés volontaires a reçu, selon lui, un « taux de réponse très faible », notamment du côté des petites entreprises, pour qui libérer un salarié en pleine intervention représente une contrainte économique directe.
« Ça a été un bel effet d'annonce politique », résume-t-il, plaidant pour des compensations plus concrètes, comme un remboursement direct du coût du salarié libéré plutôt qu'un vague avantage fiscal jugé trop complexe à mobiliser.
Repenser un modèle né au XXe siècle
Les intervenants défendent aussi une idée plus structurelle, celle de mesurer non seulement les dégâts causés par les incendies, mais aussi la valeur de ce qui a été sauvé grâce à l'intervention rapide des secours, un nouvel indicateur national, dit « de la valeur du sauvé », évoqué comme un outil pour mieux justifier les investissements dans la sécurité civile face aux assureurs et à l'État.
Fabien Bazin résume l'ambition qui sous-tend cette opération de solidarité, née d'une consultation menée en mai dernier à Montreuillon auprès de 350 professionnels et élus :
"On doit pouvoir, à partir du département de la Nièvre, imaginer concrètement un autre modèle de sécurité civile alors qu'aujourd'hui, ça n'existe pas."
De cette rencontre sont nées sept actions concrètes : aide au permis de conduire pour les jeunes sapeurs-pompiers, formation de 2 000 personnes par an aux premiers secours, création d'une Académie des chefs de centre ou encore lancement d'une Fête des pompiers nivernais dès juin 2027.
En attendant que ce modèle fasse ses preuves à plus grande échelle, l'opération "Merci les pompiers, la Nièvre vous ouvre ses portes" reste, pour l'instant, une initiative isolée en France, que ses porteurs espèrent voir essaimer dans d'autres départements.








