Le philosophe forain débarque à Moulins-Engilbert : une soirée entre Audiard et Socrate
Nevers et Nièvre · Par Manuel Houssais ·Le jeudi 16 avril 2026 à 09h30 ·mis à jour le 16/04/2026 à 09:30
Quarante personnes, une médiathèque, un homme en costume noir et cravate, les mains grandes ouvertes comme pour embrasser le monde ou le secouer un peu. Le 3 avril dernier, Alain Guyard, philosophe forain installé à Moulins-Engilbert, a livré l'une de ses conférences théâtralisées sur un sujet en apparence loufoque: « La cabane au fond des bois, utopie écologique ou toilettes nautiques ? » En apparence seulement.
Un Audiard en chaire, un Dard en coulisses
Dès les premières minutes, le ton est posé. Guyard parle comme Audiard écrivait : avec une gouaille qui claque, des formules qui ricochent sur les murs, une façon de mettre le doigt là où ça fait réfléchir sans prévenir. Le public moulinois, d'abord pris par surprise, cède vite à la verve du personnage.
Car derrière le bonimenteur se cache un pédagogue retors, héritier de Frédéric Dard autant que de Socrate. Les concepts philosophiques arrivent en embuscade, glissés entre deux saillies, jamais assénés. On rit, on s'étonne, et soudain on se surprend à « gamberger » comme il dit. La pédagogie n'a jamais été aussi peu scolaire.
On pense aussi, ce soir-là, à Antoine Blondin ce prince des comptoirs qui savait comme personne transformer une nuit de bistrot en littérature. Alain Guyard possède cette même qualité rare : une élégance populaire, la capacité de tenir ensemble l'éclat du rire et la densité de la pensée.
La cabane, le Morvan et la grande question du monde d'après
Le titre de la conférence semblait badin. Le fond ne l'était pas. Sous couvert de cabanes et de toilettes sèches, Alain Guyard a pris à bras-le-corps la question de la transition écologique non pas pour la sermonner, mais pour l'interroger avec une liberté déconcertante.
L'utopie verte y est tour à tour convoquée, célébrée, bousculée. Les grands noms de la philosophie surgissent au détour d'une blague, les arguments s'enchaînent avec une rigueur que le rire ne dissout pas il la rend au contraire plus solide, plus accessible, plus vivante.
Le territoire n'est pas absent du propos. Alain Guyard vit dans le Morvan, il y a une prairie, un ruisseau, des noisetiers. Il parle du monde d'après avec les pieds dans la terre et la tête dans les idées combinaison rare, convaincante, et franchement réjouissante.
Quarante personnes debout ou presque
La médiathèque de Moulins-Engilbert a vibré avec intensité. Le public avait du talent : quarante personnes qui rient, qui questionnent, qui reprennent la route avec des idées neuves dans la tête c'est une salle pleine dans tous les sens du terme.
Le public a joué le jeu de la dramaturgie en trois temps chère à Guyard : d'abord l'écoute, puis l'interpellation, enfin le dialogue autour du verre partagé. Ce troisième acte informel, bruyant, généreux est peut-être le plus précieux. C'est là que la philosophie quitte la scène pour habiter les gens.
La soirée a confirmé ce qu'on savait déjà : Alain Guyard n'est pas un conférencier parmi d'autres. C'est un événement. Autant dire qu'il reste des dates à ne pas manquer.
Les prochaines dates: FICK-FEUK 2026
La tournée intercommunale morvando-nivernaise d'Alain Guyard se poursuit jusqu'en mai. Les rendez-vous à inscrire sans tarder dans vos agendas :
▸ 25 avril Lormes, 20h, Relais des Futurs « Faire jouer des tragédies grecques aux cadres de l'industrie, une solution à l'effondrement de la civilisation therma-extractiviste ? »
▸ 7 mai Saxi-Bourdon, 19h30, Au Saxi-Zinc « Quelle différence entre un vieil Irlandais à rouflaquettes qui saute de branche en branche dans la jungle birmane et un orang-outan qui boit de la Guinness dans un pub à Dublin ? »
▸ 22 mai Tamnay-en-Bazois, 20h, Éco-Parc « Contre la croissance infinie, sobriété heureuse ou ivresse bindezingue ? »
Toutes les informations sur www.alguyard.fr








