Radio Campus : « les étudiants eux-mêmes »

Pour Émile Palmentier, coordinateur au sein du réseau Radio Campus, la règle est simple. Pour parler des problèmes des étudiants, on commence par leur demander. « La manière dont on traite le sujet et la manière dont on traite tous les sujets liés aux problématiques de l'université, de l'étudiant, c'est de leur donner la parole », résume-t-il.

Le réseau rassemble des radios de proximité historiquement liées aux universités. Les jeunes n'y sont pas seulement interrogés. Ils préparent les émissions, tiennent le micro, choisissent les sujets.

Les préoccupations varient d'un territoire à l'autre. Une métropole universitaire ne vit pas une mobilisation comme une ville moyenne. Un lycée professionnel ou agricole ne porte pas forcément les mêmes revendications qu'un lycée général. « Il y a un peu toutes ces problématiques-là qui se jouent », souligne Émile Palmentier.

Un réseau, pas une rédaction nationale

Concrètement, reportages, témoignages et micros-trottoirs circulent entre les antennes. Un sujet tourné dans une région peut être diffusé à l'autre bout du pays. Le but : montrer que certaines difficultés dépassent une ville ou une fac.

Le réseau a ses limites, et les assume. Pas de rédaction nationale capable d'envoyer des journalistes partout. Chaque antenne reste libre de ses choix. Sur la mobilisation actuelle, les radios locales traitent le sujet dans leurs rendez-vous d'information. Pas de synthèse nationale immédiate, en revanche.

Elle viendrait plus tard. Selon Émile Palmentier, une publication consacrée au mal-être étudiant et aux revendications du mouvement serait envisagée dans les prochaines semaines. Objectif : prendre du recul et faire ressortir les préoccupations communes.

BAC FM, la dernière radio lycéenne de France est à Nevers

Créée en 1989, BAC FM émet sur le 106.1 à Nevers et en ligne depuis le lycée Raoul-Follereau. Elle a le statut de radio en milieu scolaire (REMS). Elle est aujourd'hui la dernière radio FM lycéenne de France. Sur son site, l'association affiche un projet éducatif, culturel et citoyen : permettre aux jeunes de s'exprimer, développer leur esprit critique, les aider à décrypter l'information, les associer à la vie locale.

Les lycéens y découvrent les coulisses et participent aux émissions. Chroniques lycéennes présente les projets menés dans les établissements. L'Écho des jeunes aborde société, citoyenneté, politique, culture et éducation.

Sur le papier, BAC FM partage l'ambition de Radio Campus. Avec une différence de taille : ce n'est pas un réseau, mais une radio en milieu scolaire, installée au cœur d'un lycée. Ce statut pourrait peser sur la façon de couvrir une mobilisation qui touche directement les établissements, peut-être le sien. D'où une question simple. Quelle place pour les lycéens quand ils ne viennent plus présenter un projet, mais exprimer un désaccord ?

Une mobilisation mentionnée, pas racontée

Le 14 octobre, nous avons appelé BAC FM pour proposer un entretien. La radio nous a demandé d'écrire. Notre demande a été envoyée par email le même jour. Elle est restée sans réponse à l'heure où nous publions.

Nous avons donc consulté ce qui est disponible sur son site : podcasts et émissions archivées. Aucun témoignage de lycéens mobilisés n'y figure. Le sujet apparaît une fois, dans le flash de la mi-journée du 14 octobre (le jour de notre appel). La mobilisation y est citée. Ni ses revendications, ni sa traduction dans la Nièvre ne sont développées.

D'autres séquences ont pu exister. La radio a pu juger un reportage inutile, peiner à recueillir des témoignages, ou composer avec les contraintes d'une radio installée dans un établissement scolaire. Sans réponse de ses responsables, impossible de trancher.

Des missions, et des moyens

Faire de la radio avec des lycéens ne se résume pas à ouvrir un micro. Il faut encadrer, préparer, produire, former. Cela demande du temps et des moyens humains.

Comme beaucoup de radios associatives, BAC FM peut compter sur le Fonds de soutien à l'expression radiophonique (FSER), un dispositif de financement de l'État, ainsi que sur d'autres ressources, notamment des subventions importantes de la Ville de Nevers et de l'agglomération. Elle sollicite aussi des mécènes en mettant en avant ses missions éducatives et citoyennes.

Exiger d'une petite structure la couverture d'une rédaction nationale serait injuste. Et les subventions n'obligent à traiter aucun sujet : l'indépendance éditoriale prime. Mais quand une radio met en avant la parole des jeunes pour se financer, il est légitime de demander comment cette mission se traduit à l'antenne. Faute de bilan financier récent accessible, nous ne pouvons pas mesurer la part de ses moyens consacrée à l'expression lycéenne.

La parole des jeunes, même hors du lycée

Radio Campus et BAC FM ne se comparent pas trait pour trait. Moyens, organisation, publics : tout diffère. Et aucune radio n'est tenue de couvrir chaque mobilisation.

Mais BAC FM, radio en milieu scolaire, a fait de la parole lycéenne sa marque. Les questions restent donc ouvertes. Comment choisit-elle les sujets qu'elle approfondit ? Son statut lui laisse-t-il la liberté de couvrir une mobilisation qui conteste parfois l'institution qui l'héberge ? Quelle place laisse-t-elle aux jeunes quand leurs préoccupations débordent du lycée pour rejoindre le débat public ? Comment évalue-t-elle ses missions ?

The Vox reste disponible pour publier ses réponses.