Ruban, l’association qui veut recoudre ce qui se défait
Nevers et Nièvre · Théo L.V. ·Le ·
Après plusieurs mois à imaginer le projet, Manalle Ourrami a officiellement lancé Ruban. Une association qui veut créer du lien, rapprocher les territoires, accompagner les jeunes et remettre un peu de collectif dans une société où chacun a parfois tendance à rester dans son coin. Et visiblement, le lancement a dépassé ses propres attentes.
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Itinéraire Bis
Avec « Ruban », Manalle Ourrami veut croire en la force du collectif
Après plusieurs mois à imaginer le projet, Manalle Ourrami a officiellement lancé Ruban. Une association qui veut créer du lien, rapprocher les (...)
« J'ai l'impression d'avoir accouché de mon projet. »
Depuis trois ans, la présidente de l'association avait plusieurs idées en tête. Des idées qu'elle n'arrivait pas forcément à réunir dans un même projet. Jusqu'à Ruban.
Le lancement, lui, s'est finalement très bien passé. Même mieux que prévu.
« Je n'espérais pas qu'on ait autant de monde », reconnaît-elle. Manalle avait imaginé une trentaine ou une quarantaine de personnes. Ils ont finalement été plus du double.
Et surtout, elle retient une chose, les gens ont parlé.
Des jeunes, des moins jeunes, des personnes venues découvrir l'association, chacun a pu prendre la parole. Un détail important pour une structure qui place justement la rencontre au cœur de son projet.
Pourquoi Ruban ?
Le nom n'a pas été choisi au hasard, pour Manalle, le ruban représente ce lien entre les personnes.
« Ruban, c'est cette matérialisation du lien qu'on a toutes et tous, qui est mobile, qui bouge, qui évolue. »
L'idée de départ est finalement assez simple, lutter contre l'isolement et recréer des espaces où les gens peuvent se rencontrer.
Une envie qui vient aussi d'un constat sur la société actuelle. Individualisme, méfiance, divisions… Manalle dit ne pas vouloir accepter tout cela comme une fatalité.
« Moi, je crois en la nature humaine. Je crois en la force du collectif, en la force des rencontres humaines parce que mon parcours a été forgé par des rencontres humaines. »
Ruban veut donc créer ces occasions de se retrouver. Des moments conviviaux, mais aussi des projets plus concrets autour de la solidarité, de la transmission et de l'accès aux droits.
L'association présente d'ailleurs trois grandes portes d'entrée, créer du lien, accéder à ses droits et apprendre et transmettre.
Ruralité et banlieues : et si on arrêtait de les opposer ?
C'est l'une des particularités du projet.
Ruban veut également faire se rencontrer deux territoires qui sont souvent présentés comme très différents, les ruralités et les banlieues.
Pour Manalle, ces deux mondes ont pourtant beaucoup de choses en commun.
Le recul des services publics, le sentiment d'abandon, le sentiment de mépris, les difficultés économiques… Et derrière tout ça, des aspirations qui peuvent finalement se rejoindre.
« Je veux qu'on arrive à créer des espaces où, très clairement, les deux se rencontrent et où, finalement, on conclut qu'on vit plus ou moins les mêmes réalités. »
L'idée est aussi de casser les caricatures. Parce qu'entre la campagne présentée comme un territoire oublié et les banlieues régulièrement réduites à quelques clichés, les raccourcis sont nombreux.
Ruban veut donc créer des endroits où l'on se parle réellement. Pas où l'on parle des autres sans jamais les rencontrer.
Une association engagée, mais pas un parti
Le sujet politique arrive forcément dans la discussion.
La Présidente ne cache pas son opposition aux idées d'extrême droite et assume les valeurs portées par Ruban. Mais elle tient à une précision, l'association est apartisane.
« Il n'est rattaché à aucun parti politique. Par contre, il a un socle de valeurs. »
Solidarité, lutte contre les discriminations, transmission… Ruban revendique clairement ces valeurs.
Et Manalle assume également de se définir à gauche.
« Je pense qu'à un moment donné, il n'y a pas de mal à être de gauche. On n'est pas des grands naïfs. On a juste un projet de société qu'on a envie de défendre. »
Pas question pour autant de réduire l'association à une structure qui ferait uniquement de la politique électorale.
Au contraire, elle explique que Ruban n'a pas vocation, à ce stade, à présenter des candidats aux prochaines élections.
Mais l'association veut porter des valeurs, faire émerger des propositions et sensibiliser les élus et les candidats à certains sujets.
Parce que, pour elle, « tout est politique ». Du magasin dans lequel on achète son pain à la manière dont on consomme, en passant par les choix du quotidien.
Un apéro et quelques idées
Parmi les premières initiatives de Ruban, il y a notamment l'« Apéro des Curieux ».
Le nom fait sourire Manalle elle-même.
« Bon, il faut retravailler le nom. »
On ne va pas lui donner tort, à première vue, l'intitulé peut effectivement faire penser à autre chose.
Mais derrière le nom, l'idée est plutôt chouette. Réunir des adhérents, mais aussi des personnes qui ne connaissent pas encore Ruban, autour d'un verre. Faire connaissance. Poser des questions. Et surtout, venir avec ses propres idées.
Parce que Ruban ne veut pas seulement créer des projets pour les gens. L'association veut aussi les construire avec eux.
« On t'apporte le soutien, on t'apporte les petites compétences qu'on a à titre individuel. On les met dans le pot commun et on essaye de monter des actions. »
Une manière assez concrète de mettre le collectif au cœur du fonctionnement.
Les jeunes au centre
Lors du lancement, les jeunes ont également eu une place importante.
Ils ont notamment été invités à choisir des images liées à des fake news et à faire réagir le public autour de celles-ci.
L'objectif était double : montrer que Ruban est un collectif et donner aux jeunes une vraie place dans le lancement.
Mais aussi parler d'un sujet qui devient difficile à éviter, l'information sur les réseaux sociaux.
Manalle estime qu'il faut apprendre à garder son esprit critique face au flot d'informations qui arrive chaque jour sur nos écrans.
« On va avoir beaucoup d'informations qui vont circuler, il faut que chacun éveille un peu son sens critique et soit vigilant avec le contenu qu'il va consulter. »
Le choix de faire intervenir Najat Vallaud-Belkacem lors du lancement allait également dans ce sens. L'ancienne ministre est notamment revenue sur son expérience politique et sur les campagnes de fake news et de harcèlement dont elle a pu être victime sur les réseaux.
Un sujet qui colle finalement assez bien à l'ADN de Ruban, parler, échanger et remettre de l'humain derrière les grandes discussions.
La Clinique du droit et l'Académie Pierre Bérégovoy
Derrière les rencontres et les événements, Ruban veut aussi passer à des actions très concrètes.
L'association porte notamment une Clinique du droit, destinée à informer et orienter les personnes qui rencontrent des difficultés dans leurs démarches administratives ou juridiques. Le dispositif prévoit notamment des permanences d'information, des ateliers et une aide à la compréhension de certains documents.
Autre projet, l'Académie Pierre Bérégovoy, pensée autour de l'accompagnement des jeunes confrontés aux difficultés liées à l'orientation et à l'insertion professionnelle, avec notamment du mentorat par des étudiants et jeunes actifs nivernais.
Et là encore, l'idée est de transmettre ce que certains ont eux-mêmes reçu.
Des personnes qui sont passées par ces difficultés peuvent à leur tour aider celles et ceux qui les rencontrent aujourd'hui.
Alors, à quoi ressemblera Ruban dans deux, trois ou quatre ans ?
Manalle Ourrami a déjà une petite idée.
« Je nous vois comme un gros collectif où on a fait l'expérience de la puissance du collectif, de l'amour, de la convivialité et de la solidarité concrètement. »
Elle espère surtout que les projets auront tenu dans le temps.
Que la Clinique du droit aura permis d'accompagner des dizaines de personnes.
Que l'Académie Pierre Bérégovoy aura aidé des jeunes à poursuivre leurs études, à s'installer professionnellement ou simplement à reprendre confiance.
Et surtout, elle aimerait pouvoir entendre un jour certains d'entre eux revenir raconter leur parcours.
« Grâce aux paroles ou aux rencontres, ça m'a redonné de l'espoir et je ne me suis pas censurée. »
C'est probablement là que se trouve le cœur du projet.
Pas forcément dans le nombre d'adhérents, les grandes annonces ou les belles photos de lancement.
Mais dans ce que Ruban arrivera réellement à créer entre les personnes.
Des rencontres. Des coups de main. Des discussions. Des projets qui partent parfois d'un simple verre partagé.
Et peut-être, au bout du compte, un peu moins de méfiance et un peu plus de collectif.
Ruban vient de commencer. Maintenant, il va falloir faire vivre le ruban.








