Place Publique passe à la vitesse supérieure dans la Nièvre après la victoire de Glucksmann
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Nevers et Nièvre · Théo L.V. ·Le ·
Dix jours après la primaire de la gauche, remportée par Raphaël Glucksmann, Place Publique veut passer à la vitesse supérieure dans la Nièvre. Joël Giron, co-référent du mouvement dans le département avec Sébastien Poupon, avait annoncé dans un communiqué vouloir se mettre au travail « dès demain ». Alors où en sont-ils aujourd’hui ?
« Je votais contre quelque chose depuis des années »
Pour Joël Giron, l’engagement politique s’est concrétisé lors des dernières municipales à Nevers. Il était numéro deux sur la liste d’Amandine Boujlilat. Une campagne qui l’a poussé à se poser quelques questions sur sa façon de voter.
« Je me suis dit, tu votes depuis des années contre quelque chose. Soit tu arrêtes de voter, soit tu continues, mais tu votes pour quelqu’un en qui tu crois. »
Les extrêmes, lui, les a écartés depuis longtemps. Mais il estime que le moment est important et qu’il faut maintenant faire des choix.
« Il y a un gros risque, et je veux l’éviter. J’ai envie de laisser à mes enfants une vraie République démocratique. »
Pourquoi avoir choisi Place Publique ?
Ce qui l’a attiré chez Place Publique, c’est avant tout la possibilité de rejoindre un mouvement sans avoir à rentrer dans une case.
« Pas de dogmatisme, c’est ouvert, on peut s’agréger », résume-t-il.
Il a notamment rencontré Raphaël Glucksmann à La Charité. Une rencontre qui lui a laissé une bonne impression, loin de l’image qu’il pouvait se faire du député européen.
« Je l’ai trouvé très abordable, relativement simple. »
Joël Giron lui a même proposé de venir manger une tête de veau à Nevers. Une proposition qui n’a rien d’anodin, il préside une confrérie autour de ce plat. Raphaël Glucksmann lui aurait répondu qu’il reviendrait avec plaisir.
Au-delà du contact, c’est aussi le discours sur le travail et les salaires qui l’a convaincu.
« Si on veut relancer l’économie, il faut des travailleurs qui gagnent bien leur vie. Des travailleurs au rabais, ça ne fonctionne pas. »
Une victoire plus large que prévu, mais pas question de s'emballer
Lors de la primaire, Joël Giron s’attendait à ce que Raphaël Glucksmann recueille 51 ou 52 % des voix. Le résultat a largement dépassé ses prévisions, Raphael Gluksmann a récolté 66% des voix. Pour lui, ce score traduit un ras-le-bol de la politique politicienne. Il y voit aussi la volonté d’une partie des électeurs de soutenir une démarche plus ouverte, qui laisse davantage de place à l’écoute.
Pour autant, il ne considère pas ce résultat comme représentatif de l’ensemble des électeurs de gauche. Environ 120 000 personnes ont participé au vote, un chiffre inférieur à celui des précédentes primaires.
« Il faut rester lucide. Il y a une amorce, un mouvement qui démarre. »
Il regrette également le temps pris par le Parti socialiste pour réagir après le résultat. Et les débats parfois très tendus entre les différentes figures de la gauche ne l’ont pas convaincu, notamment le dernier échange entre Raphaël Glucksmann et Ségolène Royal.
Sur les personnalités politiques présentes depuis plusieurs décennies, son avis est tranché, ils ont fait leur temps. Il rappelle avoir voté François Mitterrand, avant d’être très déçu par la suite. Pour lui, la gauche doit désormais réussir à se renouveler.
« Dès demain, c’est maintenant »
Les mots doivent maintenant se traduire en actions. Affiches, tracts, porte-à-porte : Place Publique veut commencer à occuper le terrain dans la Nièvre.
Un séminaire est prévu le 11 novembre à Dijon, suivi d’un afterwork citoyen le 18 novembre. Le mouvement prévoit aussi de constituer ses comités de soutien et de campagne dans les quinze prochains jours. Des noms devraient être annoncés prochainement.
L’idée est de ne pas se limiter aux seuls militants politiques. Joël Giron veut attirer des socialistes, des écologistes, mais aussi des artisans, des commerçants, des jeunes et des personnes issues de la société civile.
Il annonce déjà la présence d’au moins deux personnes venues de cette société civile. Parmi elles, Amandine Boujlilat, qui pourrait rejoindre la démarche à titre personnel, sans engager le mouvement local Pour Vous, dont elle conserve l’étiquette. Créé après les municipales, Pour Vous est un mouvement local dont quatre membres ont déjà adhéré à Place Publique, Joël Giron compris. Dans la Nièvre, Place Publique compterait aujourd’hui entre 75 et 100 adhérents.
Reste une question de taille, comment éviter que la gauche parte une nouvelle fois en ordre dispersé ?
Joël Giron se montre plutôt optimiste sur le rapprochement avec les écologistes et les socialistes. Il cite notamment Yannick Jadot, qui a rallié Raphaël Glucksmann, et estime que le Parti socialiste suit la même voie. Sur l’écologie, il défend une approche « raisonnée et active », loin de ce qu’il considère parfois comme une vision trop éloignée des réalités quotidiennes. Il tient aussi à rappeler que parler de développement économique n’a rien d’incompatible avec les préoccupations écologiques.
« Ce n’est pas un gros mot », insiste-t-il.
En revanche, la candidature de Fabien Roussel, en dehors de la primaire, l’inquiète. Il craint qu’elle ne disperse les voix. Il plaide donc pour des discussions et des accords avec les autres forces de gauche, y compris les communistes.
« C’est le seul moyen de se sauver du RN. »
Pour lui, le principal adversaire reste le Rassemblement national et Marine Le Pen. Il estime également qu’une partie des électeurs sensible à Jean-Luc Mélenchon pourrait être sensible à la démarche de Raphaël Glucksmann, pensant notamment à des proches qui, selon lui, auraient voté Mélenchon en l’absence d’une autre proposition.
L’enjeu est donc de convaincre au-delà de son propre camp, sans se contenter de compter les voix déjà acquises.
Un sentiment d’injustice qui alimente la colère
Quand on l’interroge sur les mobilisations sociales, Joël Giron comprend une partie des revendications. Il parle de demandes « justes et justifiées » et pointe un sentiment d’injustice qui, selon lui, traverse aujourd’hui la société.
Il évoque notamment le projet de fusion des lycées Raoul-Follereau et Jules-Renard, à Nevers. Il regrette que les décisions aient été prises sans véritable concertation avec les parents et les élèves. Une situation qui lui rappelle ce qu’il a connu à l’époque du lycée Jean-Jaurès.
Il s’inquiète aussi des effectifs dans les classes, qui peuvent atteindre 35 élèves, et compare les moyens consacrés à l’enseignement à ceux accordés aux armées.
Pour lui, difficile de demander des efforts aux enseignants et aux élèves sans leur donner les moyens de travailler correctement. Il comprend donc qu’ils descendent dans la rue.
Il estime par ailleurs que l’État ne protège pas suffisamment les citoyens face aux casseurs. Il raconte avoir lui-même été évacué du Grand Palais, à Paris, lors d’une manifestation, alors que les forces de l’ordre étaient, selon son récit, mobilisées autour de l’Élysée.
Quant à une éventuelle démission d’Emmanuel Macron, il n’y voit pas d’intérêt particulier. Elle risquerait surtout, à ses yeux, de provoquer une élection anticipée sans régler les problèmes de fond.
Convaincre ceux qui ne votent plus
Reste enfin le défi de l’abstention. Pendant la campagne des municipales, le porte-à-porte a parfois réservé des surprises à Joël Giron.
Il raconte avoir rencontré des habitants qui ne savaient même pas qui était le maire, ni précisément à quoi servait cette fonction. Mais il a aussi réussi à convaincre quelques personnes qui ne votaient plus depuis longtemps de retourner aux urnes.
« Je les ai remerciées. »
Une expérience qui l’a marqué et qui nourrit aujourd’hui sa volonté de renouer le dialogue avec les habitants.
D’ici à la fin décembre, l’objectif est clair, augmenter le nombre d’adhérents et faire connaître le programme de Raphaël Glucksmann dans tout le département.
Joël Giron sait que le travail ne fait que commencer. Il espère désormais que les premières initiatives attireront d’autres personnes et donneront envie de rejoindre le mouvement.
Sa méthode tient en quelques mots : « Faire une boule de neige.








