Dans le bureau de Jean-Luc Revol, autour de cafés bien chauds, les signatures se succèdent et les sourires aussi. Ce n’est pas un simple partenariat administratif qui est acté, mais la promesse d’un travail commun, résolument tourné vers la création et l’éducation artistique. « On signe aujourd’hui une convention de partenariat entre La Maison et le lycée » explique Sophie Quenault, professeure de théâtre et responsable de la spécialité des lycées Raoul Follereau et Jules Renard de Nevers. Une spécialité théâtre unique dans le département de la Nièvre et l’une des six proposées dans l’académie de Dijon.

Une spécialité exigeante soutenue par la DRAC

La formation théâtre, optionnelle en seconde, puis proposée comme spécialité en classe de première et de terminale, représente un véritable parcours d’apprentissage. Financée par la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles), elle repose sur un principe simple : les fonds ne vont pas à l’établissement scolaire, mais à une structure culturelle partenaire chargée de mettre à disposition des artistes-intervenants. Pour la première année, cette structure est La Maison, dirigée par Jean-Luc Revol. Acteurs, actrices, metteurs et metteuses en scène accompagneront les élèves dans la création de plusieurs projets. « On va fabriquer des spectacles, mettre en scène… Il y a quatre projets », détaille Sophie Quenault.

Quatre projets, quatre portes d’entrée dans la création

Deux compagnies principales accompagneront les classes, Les FOUICS, partenaires historiques, pour un travail autour du théâtre documentaire et Émersion, compagnie fondatrice du théâtre immersif en France, portée par l’artiste associé Léonard Maton.

Avec Émersion, les élèves monteront notamment une adaptation immersive de 1789, le spectacle du Théâtre du Soleil inscrit au programme. Un autre projet offrira aux élèves un travail approfondi sur l’alexandrin et le matrimoine, un retour aux autrices du XVIIème siècle, souvent oubliées, que la professeure qualifie volontiers de « réhabilitation féministe ».

« On leur impose d’entrer dans les lieux »

Pour Sophie Tible, proviseure des établissements, l’enjeu dépasse la création artistique, il s’agit d’un accès à la culture devenu vital. « Les élèves ne vont plus facilement au cinéma. Alors au théâtre… C’est encore plus compliqué », constate-t-elle. De ce constat découle un principe clair : la pratique du théâtre passe aussi par la fréquentation obligatoire des salles, soit une douzaine de spectacles chaque année, principalement à La Maison (Nevers). Jean-Luc Revol renchérit : « L’idée, c’est de leur faire pousser la porte d’un lieu culturel. Qu’ils viennent pour un spectacle, un café ou un moment de travail, peu importe, tant qu’ils s’approprient l’endroit ».

Un apprentissage du travail et de la solidarité

La professeure insiste, la spécialité n’est ni légère ni accessoire. « L’épreuve de théâtre au bac est très difficile », rappelle-t-elle. Analyse, écriture, mise en scène et jeu, les élèves s’engagent dans un véritable parcours pédagogique pouvant atteindre neuf heures de cours par semaine. Au-delà du travail scénique, les bénéfices sont durables, « Tous les élèves que j’ai eus continuent d’aller au théâtre. Ils restent en contact les uns avec les autres ». Une solidarité rare, quasi organique, née de la pratique. « C’est du travail, de l’abnégation. Et ça peut faire peur aux familles », rappelle Sophie Quenault. Jean-Luc Revol, lui, se souvient avoir dû entreprendre des « études sérieuses » avant de revenir au théâtre. Mais l’industrie du spectacle reste l’une des plus importantes de France : comédiens, techniciens, régisseurs, intermittents, de nombreuses métiers existent pour les passionnés.

Une culture qui doit rester vivante dans l’éducation

Interrogée sur la place de l’art dans l’Éducation nationale, Sophie Tible reste optimiste, « la culture est présente et on fait notre maximum pour encore augmenter cette présence ». Avec cette convention, La Maison, les lycées et leurs équipes prouvent une chose : l'accès à la culture n’est jamais un luxe, mais une volontée collective. Et parfois, tout commence par une porte qu’il faut simplement aider à pousser.