C'est quoi cette histoire au Digital College ?
Une belle vitrine… trop belle
Au départ, Digital College avait tout pour plaire. Des locaux inspirés de la culture manga, des voyages à l'étranger, des partenariats avec EDF ou BNP Paribas, des événements à l'américaine. L'école se présentait comme une alternative moderne et accessible aux grandes écoles classiques, tournée vers les métiers du numérique.
Fondée en 2015 au sein du groupe Collège de Paris, elle revendiquait plus de 3 000 étudiants. Sur le papier, c'était une success story.
Sauf que derrière la façade, ça craquait de partout.
Ridouan Abagri, le fondateur au centre de tout
L'homme clé de l'affaire, c'est Ridouan Abagri, cofondateur de l'école. Entrepreneur autodidacte très présent sur les réseaux sociaux, il incarnait la réussite rapide et assumée.
Aujourd'hui, il fait l'objet d'enquêtes pour blanchiment, détournement de fonds publics et abus de biens sociaux. Un rapport des inspections générales l'a mis en cause et son image a rapidement disparu des communications de l'école.
2,2 millions en cartes Pokémon
C'est sans doute le détail qui a le plus choqué dans cette affaire.
Selon les enquêtes de Mediapart, L'Express et Marianne, plus de 3,3 millions d'euros de dépenses "douteuses" ont été identifiées. Dont jusqu'à 2,2 millions d'euros dépensés en cartes Pokémon, via des circuits jugés opaques, présentés officiellement comme des "investissements stratégiques".
Ni les étudiants, ni les enseignants n'en ont entendu parler.Evidement.
À ça s'ajoutent le financement d'un mariage, des nuits dans des hôtels de luxe, des voyages personnels, des factures suspectes. Le tout payé en grande partie avec la taxe d'apprentissage — soit de l'argent public, qui représentait 83 % du budget de l'école.
Les étudiants, grands oubliés
Pendant ce temps, ceux qui avaient payé pour se former décrivent une tout autre réalité. Cours désorganisés, outils pédagogiques qui ne fonctionnent pas, examens mal planifiés, cartes étudiantes jamais reçues, aucun suivi. Une ancienne étudiante dit regretter d'avoir choisi cet établissement. Une enseignante affirme, elle, n'avoir jamais été payée.
Et quand certains étudiants ont commencé à parler publiquement, ils auraient fait face à des pressions, dont une plainte déposée contre l'un d'eux.
La chute
L'affaire éclate en avril 2025 avec les premières révélations de Mediapart. Depuis, tout s'est enchaîné vite : nouvelle direction nommée puis écartée, dettes qui atteignent 90 millions d'euros, mise en procédure de sauvegarde en décembre 2025, puis redressement judiciaire en mars 2026.
L'avenir de l'école reste flou. Celui de ses milliers d'étudiants aussi.
Le vrai problème, c'est peut-être plus large
Ce qui rend cette affaire vraiment inquiétante, c'est ce qu'elle révèle au-delà du cas Digital College. Des établissements privés, massivement financés par l'argent public de la taxe d'apprentissage, qui se développent dans un cadre peu contrôlé. Et personne ne vérifie vraiment où part l'argent — ou trop tard.
Digital College n'est peut-être pas une exception. Juste le cas le plus visible.
Pour les étudiants concernés, souvent issus de milieux modestes et attirés par une promesse d'avenir, la question est simple et brutale : que valent leurs diplômes aujourd'hui ? Et qui va assumer ?
L'affaire est entre les mains de la justice. Mais les questions qu'elle soulève, elles, dépassent largement un seul établissement et risquent de rester sans réponse un bon moment.








