« La Sociale », 80 ans de combat : Quand la Nièvre célèbre l'héritage d'Ambroise Croizat
Société · Par Manuel Houssais ·Le mardi 14 octobre 2025 à 16h59 ·mis à jour le 21/10/2025 à 10:10
Crédit Photo: The Vox
Château-Chinon, le 10 octobre 2025. Il y a des soirs où l'histoire et le présent se rencontrent pour rappeler que les conquêtes sociales ne sont jamais acquises. Ce vendredi, sous les projecteurs du cinéma L'Étoile, à Château-Chinon, la mémoire d'Ambroise Croizat, "père" de la Sécurité sociale, a resurgi avec une intensité particulière. À l'occasion des 80 ans de la Sécu, le documentaire « La Sociale » de Gilles Perret a été projeté en présence de deux invités d'exception : Pierre Caillaud-Croizat, petit-fils d'Ambroise Croizat, et Wilfried Gay, secrétaire départemental du Parti communiste français de la Nièvre. Une soirée pour se souvenir, mais aussi pour s'indigner et espérer.
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Regards croisés
« La Sociale », l'héritage d'Ambroise Croizat avec Pierre Caillaud-Croizat et Wilfried Gay
Château-Chinon, le 10 octobre 2025 – Il y a des soirs où l'histoire et le présent se rencontrent pour rappeler que les conquêtes sociales ne (...)
La Sécu, c'est l'histoire d'une révolution silencieuse
En 1945, la France sortait de la guerre avec une idée folle : protéger chacun, quels que soient ses moyens. Ambroise Croizat, ministre communiste du Travail, en fut l'architecte, aux côtés de Pierre Laroque. « La Sécurité sociale, c'est la dignité de la personne humaine », rappelait-il. Un principe qui, 80 ans plus tard, résonne encore avec force.
Pour Pierre Caillaud-Croizat, cet héritage est avant tout une histoire collective. « Mon grand-père disait : "Nul ne peut revendiquer la paternité exclusive de la Sécurité sociale." C'était un travail d'équipe, porté par la CGT, le Parti communiste, et des milliers de militants. » Un travail qui a transformé la vie des Français en moins d'un an, là où d'autres pays, comme l'Angleterre, ont mis près de six ans à mettre en place un système similaire.
Wilfried Gay, lui, insiste sur l'urgence de se réapproprier cette mémoire. « Aujourd'hui, la Sécu est attaquée de toutes parts. On essaie de la vider de son sens, de la soumettre aux logiques financières. Mais elle reste une utopie vivante, un modèle de solidarité que le monde nous envie. »
La Nièvre, terre de résistance et de mémoire
Château-Chinon n'a pas été choisie au hasard pour cette projection. « C'est ici qu'Ambroise Croizat a acheté une maison, qu'il venait se ressourcer », explique Pierre Caillaud-Croizat. « Et c'est ici qu'on honore encore sa mémoire, avec une place à son nom et bientôt un buste. » Un ancrage local qui rappelle que la Nièvre, terre de métallurgie et de luttes ouvrières, a joué un rôle clé dans l'histoire sociale française.
Pourtant, Wilfried Gay le reconnaît : « Transmettre cet héritage n'est pas simple. » « La Nièvre a souffert de la désindustrialisation. Les jeunes partent, les syndicats s'affaiblissent. Mais on se bat pour que cette mémoire survive, à travers des films comme « La Sociale », des débats, des livres. »
Une Sécu 100% publique : l'utopie est-elle encore possible ?
Le film de Gilles Perret le montre clairement : la Sécu a été conçue pour être gérée par les travailleurs, pas par l'État. « Aujourd'hui, avec la CSG et la CRDS, l'État a repris la main sur son financement. Ce n'était pas l'esprit originel », souligne Wilfried Gay. « Il faut rendre la démocratie aux assurés sociaux, comme le voulaient Croizat et Laroque. »
Pierre Caillaud-Croizat, lui, évoque l'exemple de son grand-père pour montrer qu'une autre politique est possible. « Ambroise a été ministre pendant 18 mois. Pendant cette période, il a touché un salaire d'ouvrier métallurgiste. Il a reversé ses indemnités au Parti. Pour lui, la politique, c'était un engagement, pas un privilège. » Une leçon de modestie et de cohérence qui fait écho aux débats actuels sur la moralisation de la vie publique.
Transmettre aux jeunes : un défi de taille
Comment faire comprendre aux jeunes générations l'importance de la Sécu et de ceux qui l'ont bâtie ?« Il faut enseigner cette histoire à l'école », plaide Pierre Caillaud-Croizat. « Quand on explique que la Sécu a été créée par des travailleurs pour des travailleurs, ça parle aux jeunes. » Un espoir confirmé lors des manifestations contre la réforme des retraites en 2023, où la figure d'Ambroise Croizat a resurgi, portée par une jeunesse en quête de sens.
Wilfried Gay abonde : « On doit se réapproprier notre histoire. Les réactionnaires essaient de la réécrire. À nous de leur rappeler que la Sécu, c'est une conquête, pas une aumône. »
« La Sociale » : Un film pour comprendre, un combat pour agir
Ce vendredi 10 octobre, « La Sociale » a été bien plus qu'une simple projection. Ce fut un rappel puissant que la Sécurité sociale n'est pas une évidence, mais le fruit d'un combat. « Ce film montre que l'utopie de 1945 est toujours d'actualité », conclut Wilfried Gay. « À nous de la défendre. »
Pour aller plus loin :
- Projection de « La Sociale » : Retrouvez les prochaines séances sur www.sceniquanon.com.
- Lire : « Ambroise Croizat, le ministre aux deux visages » (éditions de l'Atelier).
- Écouter : Le podcast « Regards Croisés » sur https://www.thevox.fr
« La Sécurité sociale, c'est la dignité de la personne humaine. » – Ambroise Croizat. Et si on s'en souvenait plus souvent ?







