"On ne peut plus rien dire" : un discours qui monte

Le masculinisme, c’est d’abord un sentiment : celui que les hommes seraient devenus les "nouvelles victimes" de la société. Certains disent que le féminisme serait allé trop loin, que les femmes auraient désormais tous les droits, et que les hommes seraient méprisés, culpabilisés ou réduits au silence.

En France, ce discours s’installe peu à peu dans le débat public. Il est parfois porté par des figures médiatiques qui se posent en défenseurs d’une "virilité en danger", comme l’écrivain Eric Zemmour ou des chroniqueurs télé qui dénoncent un "wokisme" anti-homme. Il peut aussi se retrouver chez des YouTubeurs, des podcasteurs ou des influenceurs qui s’adressent directement aux jeunes garçons.

Sur les réseaux, un cocktail d’humour, de frustration et de radicalité

C’est surtout sur Internet que le masculinisme s’est développé. Sur TikTok, Instagram, YouTube ou X (ex-Twitter), des comptes abordent des thèmes comme la "friendzone", les "femmes vénales", ou les "vrais hommes alpha". Tout ça sur un ton qui mélange humour, conseils de séduction, développement personnel… et parfois des propos sexistes bien assumés.

Certains influenceurs français ont surfé sur cette vague, en important des figures venues des États-Unis comme Andrew Tate, ultra-misogyne mais très suivi. Ce type de contenu plaît à des jeunes mecs en quête de repères. Ils y trouvent un discours simple : "Tu souffres ? C’est la faute des femmes et du féminisme."

Quand le malaise vire à l’hostilité

Les hommes souffrent aussi : ils sont plus touchés par le suicide, parlent peu de leur mal-être, et sont souvent enfermés dans des injonctions à être "forts", "virils", "dominants".

Mais là où ça dérape, c’est quand le masculinisme utilise ce mal-être pour accuser les femmes et rejeter les luttes féministes. Certains groupes en viennent même à nier les violences faites aux femmes, à minimiser le harcèlement, ou à prôner un retour à un ordre "traditionnel" où les hommes domineraient à nouveau.

En France, certains groupuscules masculinistes très radicaux sont même surveillés de près, car ils peuvent glisser vers des discours haineux, voire violents.

Le masculinisme, un révélateur de malaise

En vrai, le masculinisme ne sort pas de nulle part. Il dit quelque chose d’important : beaucoup d’hommes, surtout jeunes, sont perdus dans un monde qui change vite. On attend d’eux qu’ils soient féministes, respectueux, à l’écoute… mais aussi confiants, performants, beaux, musclés, drôles. Bref, c’est flou. Et parfois, ça fait mal.

Mais la solution ne peut pas être de rejeter les droits des femmes ou de jouer la carte du "c’était mieux avant". Le vrai défi, c’est d’inventer de nouveaux modèles de masculinités : plus libres, plus douces, plus variées. Où les hommes peuvent pleurer, dire qu’ils ne vont pas bien, parler d’amour sans se moquer, élever leurs enfants à égalité.

Et maintenant ?

Plutôt que de répondre au féminisme par le masculinisme, certains militent pour une alliance : reconnaître les souffrances spécifiques des hommes, sans nier celles des femmes. En France, des assos, des collectifs et des chercheurs bossent sur ces sujets, et appellent à une éducation non sexiste dès le plus jeune âge, à une vraie place pour les pères, à une écoute des émotions masculines.

Changer les choses, ça passe par là. Pas par des discours de haine, mais par plus d’égalité, pour tout le monde.