En Gironde, le combat a duré neuf jours. Le feu a ravagé 42 000 hectares de forêt avant d'être déclaré « contenu ». Sur le terrain, les témoignages décrivent des soldats du feu à la limite de l'épuisement. Le bilan humain est lourd. Quatre sapeurs-pompiers sont morts en intervention depuis le début du mois de juillet, dont deux à Mérignac, la veille du démarrage du mégafeu girondin. Quatre-vingt-huit pompiers ont été blessés. Un service de santé suit désormais quotidiennement les effectifs engagés, tant les corps sont mis à rude épreuve par des journées de combat qui s'étirent sans relâche.

Pour les organisations syndicales, cette situation traduit un problème structurel. La CGT parle sans détour d'une « séquence catastrophique qui n'avait rien d'imprévisible ». Le système, estiment les syndicats, repose de manière excessive sur l'engagement individuel des pompiers, contraints d'aller au-delà de leurs limites pour compenser un manque de moyens humains et matériels. Le chiffre revient partout : les volontaires représentent environ 79 % des effectifs, et leur disponibilité se réduit d'année en année.

La question de l'argent est centrale. La CGT du SDIS 78 a écrit le 28 juillet à sa présidente de conseil d'administration pour dénoncer un blocage concret. L'État rembourse les départs en renfort au titre de l'Indemnité de mobilisation opérationnelle à hauteur d'environ 15 euros par heure. Le coût réel d'un pompier professionnel est estimé à 27 euros. Le différentiel reste à la charge du SDIS. Résultat, les départs sont souvent conditionnés au statut de volontaire, moins coûteux. Pour le syndicat, « l'urgence opérationnelle doit primer sur les considérations budgétaires ».

Macron sur le front : l'unité d'abord

Le président de la République s'est rendu à Bordeaux le lundi 27 juillet. Au centre opérationnel départemental d'incendie et de secours, accompagné du ministre de l'Intérieur Laurent Nunez, il a assisté à un point de situation avant de s'adresser aux forces mobilisées.

Le registre était celui du soutien et de la mobilisation. « On ne lâche rien », a lancé le chef de l'État aux pompiers et aux forestiers présents. « Vous avez le plein soutien de la Nation tout entière », a-t-il ajouté. Emmanuel Macron a qualifié ces incendies de « totalement inédits », les pires en France depuis « la fin de la Seconde Guerre mondiale ». Il a prévenu que « les semaines à venir seront dures » et qu'il faudrait « tenir ». « Cette bataille, on va la gagner ensemble », a-t-il conclu, promettant une présence « dans la durée » et l'obligation, plus tard, de « replanter et rebâtir une forêt différente ».

Sur les critiques d'impréparation, déjà formulées par les oppositions, le président a botté en touche. « On ne fait pas le retour d'expérience au milieu de la bataille », a-t-il répondu, appelant à « rester unis ». Le message est clair. L'heure est à l'action collective, pas au bilan. Le lendemain, Laurent Nunez estimait que l'on « peut penser que le pire est derrière nous », tout en appelant à la vigilance.

La polémique Attal et les Canadair

C'est sur le terrain budgétaire que la controverse est la plus vive, et elle vise l'ancien Premier ministre Gabriel Attal, aujourd'hui candidat déclaré à la présidentielle de 2027.

Le reproche est précis. Le 21 février 2024, Gabriel Attal a signé un décret annulant près de 53 millions d'euros du programme 161 « Sécurité civile », des crédits destinés à l'acquisition de deux Canadair supplémentaires. L'objectif affiché était la maîtrise des comptes publics, sous l'impulsion de Bercy. Le fait est documenté. Il ressort d'un rapport parlementaire de Damien Maudet (LFI) et Sophie Pantel (PS), et des travaux de la sénatrice Les Républicains Françoise Dumont sur le budget 2025.

Attaqué début juillet par le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard, Gabriel Attal a tenté de se défendre. Sa ligne : les Canadair en question relèveraient de RescUE, la réserve stratégique européenne créée en 2019, et donc pas d'une décision purement française. L'argument est légitimement jugé partiel, voire trompeur : les deux appareils européens et les crédits nationaux annulés sont deux sujets distincts. Sur le fond, l'accusation de coupe budgétaire reste, elle, factuellement établie.

Derrière la bataille de chiffres, un constat matériel s'impose. La flotte française de Canadair affiche en moyenne trente ans d'âge. Les deux appareils commandés via l'Europe ne seront pas livrés avant 2028. Deux autres, commandés le 4 juin 2026, ne sont pas attendus avant 2032 ou 2033. La France n'a, dans les faits, pas augmenté le nombre de ses avions bombardiers d'eau malgré des étés de plus en plus incendiaires.

Une crise annoncée, une réforme en attente

Cette crise n'est une surprise pour personne. L'arrivée de mégafeux plus fréquents et plus violents était annoncée depuis des années par les experts du climat et de la gestion forestière. Un rapport d'inspection de janvier 2024 identifiait déjà 33 départements comme « nouveaux territoires de feu ». La moitié des forêts françaises seront exposées à un risque élevé en 2050, contre un tiers en 2010.

Face aux alertes de terrain, les réactions politiques restent contrastées. L'exécutif met en avant la mobilisation collective et la solidarité entre corps venus de plusieurs régions, plus de 2 750 sapeurs-pompiers engagés en renfort. Les syndicats et les oppositions, eux, réclament des moyens pérennes. Tous attendent un rendez-vous qui traîne : le Beauvau de la Sécurité civile, annoncé de longue date, attend toujours sa loi.

« Cette bataille, on va la gagner ensemble », a promis Emmanuel Macron. Reste à savoir laquelle. Celle du feu se gagne sur le terrain, à l'épuisement, corps après corps. L'autre se joue ailleurs. Dans les lignes d'un budget et dans une loi qui n'arrive pas. Les pompiers ont tenu leur part. La vraie question est désormais de savoir si l'État tiendra la sienne. Réponse au prochain été.

Sources