Tabagisme : la consommation de tabac atteint un niveau historiquement bas en France
Société · Par Antoine Lazare ·Le mardi 20 mai 2025 à 23h07 ·mis à jour le 20/05/2025 à 23:07
Photo de Robert Ruggiero sur Unsplash
La consommation de tabac en France n’a jamais été aussi basse. Selon les derniers chiffres publiés par Santé publique France, la part de fumeurs quotidiens dans la population adulte continue de reculer, confirmant une tendance amorcée depuis plus d’une décennie. En 2024, moins d’un quart des Français de plus de 18 ans fumaient chaque jour, un niveau historiquement bas depuis les premières enquêtes menées à l’échelle nationale.
Une baisse lente mais régulière
En 2024, 24 % des adultes déclaraient fumer quotidiennement, contre plus de 30 % au début des années 2010. Cette diminution s’observe dans toutes les classes d’âge, mais elle est particulièrement marquée chez les jeunes adultes. Chez les 18-24 ans, la proportion de fumeurs a chuté de près de dix points en cinq ans.
Les ventes de tabac suivent la même tendance. Selon les données de la douane, les livraisons de cigarettes aux buralistes ont reculé de 7,6 % entre 2023 et 2024. Il s’agit du volume le plus bas enregistré depuis le début des relevés dans les années 1970.
Des mesures de santé publique efficaces
Cette baisse s’explique par la conjonction de plusieurs politiques publiques de lutte contre le tabagisme, mises en œuvre au fil des dernières années. Parmi elles :
- L’augmentation régulière du prix du paquet, désormais au-dessus de 12 euros, a un effet dissuasif avéré, notamment chez les jeunes.
- L’instauration du paquet neutre en 2017 a réduit l’attractivité marketing des marques.
- Les campagnes de prévention, comme le "Mois sans tabac", rencontrent chaque année un succès croissant.
- L’extension des interdictions de fumer à certains lieux publics extérieurs (plages, parcs, abords des écoles) a également contribué à dénormaliser l’acte de fumer.
La cigarette électronique, facteur d’évolution
Autre élément à prendre en compte : la montée en puissance de la cigarette électronique. De nombreux fumeurs s’en servent comme outil de sevrage. Bien que son efficacité à long terme fasse encore débat, les autorités sanitaires reconnaissent aujourd’hui qu’elle peut constituer une alternative moins nocive au tabac combustible.
Cependant, la vigilance reste de mise, notamment chez les plus jeunes. La banalisation de la vape dans certaines tranches d’âge soulève des inquiétudes : certains craignent qu’elle puisse servir de porte d’entrée vers la nicotine.
Des inégalités sociales persistantes
Malgré ces résultats encourageants, la baisse du tabagisme ne profite pas à toutes les catégories de la population de manière égale. Les inégalités sociales restent marquées : les personnes en situation de précarité continuent de fumer davantage que la moyenne. Selon Santé publique France, les écarts de consommation entre les groupes les plus favorisés et les plus défavorisés se creusent, posant un défi majeur en matière d’équité en santé publique.
Une génération sans tabac en ligne de mire
Le gouvernement ambitionne désormais de faire émerger d’ici 2030 une "génération sans tabac", avec moins de 5 % de fumeurs chez les jeunes. Pour atteindre cet objectif, les autorités envisagent de nouvelles mesures, comme l’interdiction de la vente de tabac à ceux nés après une certaine année — une stratégie déjà adoptée en Nouvelle-Zélande avant d’être partiellement abandonnée.
Si la France semble sur la bonne voie, le tabac demeure la première cause évitable de mortalité dans le pays, responsable d’environ 75 000 décès chaque année. La lutte est donc loin d’être terminée.








