Trump monnaie ses tweets qui font trembler Wall Street : 100 000 dollars le ticket VIP
Donald Trump vend ses informations sur Truth Social
Société · Antoine Lazare ·Le
Un tweet qui fait chuter une bourse, c'est gênant. Un tweet qui fait chuter une bourse et que son auteur vend en avant-première aux traders, c'est carrément du génie... ou du racket organisé depuis le Bureau ovale. Depuis le 1er août, quiconque veut connaître les décisions présidentielles de Donald Trump quelques fractions de seconde avant le reste du monde peut désormais payer pour ça. Jusqu'à 100 000 dollars par mois. Bienvenue dans l'ère du président-actionnaire de sa propre parole.
Le service s'appelle « Truth API », lancé par Trump Media, la société qui possède le réseau social Truth Social. Le principe est simple, presque insolent de simplicité : les fonds d'investissement et les algorithmes de trading haute fréquence peuvent désormais recevoir les publications de Donald Trump avant leur diffusion publique. Une histoire de millisecondes, mais dans le monde de la finance automatisée, quelques millisecondes suffisent à engranger des fortunes. Selon le Wall Street Journal, cinq entreprises financières auraient déjà souscrit à l'abonnement peu après son lancement en juillet. Le site Axios, évoque ce tarif plafond de 100 000 dollars mensuels, soit environ 87 000 euros.
Le raisonnement financier tient en une phrase : plus les annonces de Donald Trump font bouger les marchés, plus l'abonnement devient rentable pour ceux qui y souscrivent. Un droit d'auteur, en somme, sur ses propres décisions de politique économique, tarifs douaniers, sanctions, nominations, tout ce qui peut faire vaciller un indice boursier en quelques secondes. Sauf que l'auteur en question n'est pas un simple influenceur financier : il est le chef de l'exécutif américain, celui-là même qui prend les décisions qu'il vend ensuite en exclusivité.
Ce montage a de quoi enrichir considérablement Donald Trump, dont la fortune personnelle a déjà presque triplé depuis son retour au pouvoir. Le service devrait générer des centaines de milliers de dollars, une manne qui s'ajoute à un empire personnel déjà largement dopé par la présidence.
Face à ce dispositif, l'opposition démocrate ne mâche pas ses mots. La sénatrice Elizabeth Warren a dénoncé un « abus de pouvoir scandaleux ». Plusieurs élus ont saisi la SEC, le gendarme des marchés financiers américains, pour examiner la légalité du procédé. Les attaquent frontales fusent et le mot est lâché par l'opposition : « corruption ».
Car c'est bien là que le bât blesse. Un président qui vend un accès privilégié à l'information qu'il produit lui-même, dans l'exercice de ses fonctions, brouille toute frontière entre l'État et l'entreprise privée. Trump Media, cotée en bourse, profite directement de la fonction présidentielle de son fondateur historique pour vendre un produit financier basé sur... la parole présidentielle. Autrement dit, le pouvoir politique devient un actif monétisable, un flux d'informations privilégiées cédé au plus offrant, pendant que le citoyen lambda, lui, découvre les annonces en même temps que tout le monde, sans avantage compétitif ni retour sur investissement.
Reste la question qui fâche : quand une information d'État, capable de faire bouger des milliards de dollars sur les marchés, devient un produit vendu sous forme d'abonnement premium à une poignée d'initiés fortunés, où s'arrête le business et où commence l'abus de pouvoir ? Vendre un accès prioritaire à ses propres décisions publiques, moyennant finance, à ceux qui ont les moyens de payer pour savoir avant les autres : le procédé rappelle, presque trait pour trait, les mécaniques classiques du délit d'initié organisé en bande. Sauf qu'ici, l'initié en chef, c'est le président des États-Unis lui-même, et le service se paie cash, en toute légalité apparente. De quoi donner raison, sans grand suspense, à ceux qui parlent de comportement mafieux tapi au cœur même de la Maison Blanche.








