Le studio en charge, Ubisoft Singapour, est aussi celui de Skull and Bones — un CV qui devrait, en toute logique, inciter à une certaine prudence dans les attentes. 

Trente-six heures de jeu plus tard, missions principales, secondaires et contenus inédits compris, le diagnostic est simple : c'est beau, c'est confortable, et ça n'a pratiquement rien changé à ce qui ne fonctionnait déjà pas en 2013. Un remake qui soigne le maquillage et laisse la carie tranquille.

Visuellement, personne ne dira le contraire : c'est réussi. La Havane, Nassau, l'océan, tout ça est calibré pour les captures d'écran et les vidéos "avant/après" que les community managers adorent. Les chants de marins reviennent, les tempêtes sont spectaculaires, l'immersion fonctionne à plein régime — à un détail près : la météo dynamique, censée être un argument de vente, se comporte comme un invité qui ne sait pas repartir. Passé les premières heures d'émerveillement, on se surprend à espérer un simple ciel bleu plutôt qu'une énième tempête "immersive" qui ralentit le bateau pour la troisième fois de la traversée. Le jeu confond ambiance et fatigue. Techniquement, le passage au moteur Anvil permet de naviguer entre mer et terre sans écran de chargement, ce qui est objectivement une prouesse. Mais cette modernité s'arrête net dès qu'on croise un PNJ de second plan : visage flou, cheveux figés, animation qui semble tout droit sortie d'un DLC PS3 retrouvé dans un tiroir. Le contraste avec Edward, lui, soigné aux petits oignons, est presque comique — une hiérarchie sociale numérique où seuls les personnages principaux ont eu droit à la chirurgie esthétique. L'interface, elle, a simplement été empruntée aux Assassin's Creed récents, Animus Hub et défis hebdomadaires inclus : on ne joue pas à un remake de Black Flag, on visite un plan marketing habillé en jeu vidéo.

Edward Kenway reste ce qu'il a toujours été : un homme obsédé par l'argent qui répète les mêmes erreurs avec la constance d'un abonnement mal résilié. Le jeu avait l'occasion de creuser un peu son arc narratif ; il ne l'a pas fait, les nouveaux contenus ajoutant des scènes, pas de la profondeur. Heureusement, Barbe Noire et James Kidd sont toujours là pour porter l'émotion à la place du héros principal, ce qui en dit long sur la répartition du travail scénaristique. Côté contenu, le DLC Freedom Cry, centré sur Adéwalé et unanimement salué à l'époque pour son propos, a purement et simplement disparu. À la place : des "failles de l'Animus", jolies à regarder, dispensables à jouer — un échange qui ressemble beaucoup à remplacer un plat qu'on aimait par un dessert qu'on n'a pas demandé.

Côté gameplay, le système de combat tient en une phrase : casser la garde, contrer, exécuter, répéter. Le nouveau système, plus dynamique sur le papier, se résume en pratique à cette boucle unique, quel que soit l'ennemi en face. L'infiltration s'en sort mieux : s'accroupir enfin librement après douze ans d'attente n'est pas un exploit technique, mais on prend ce qu'on peut. S'il fallait sauver une chose du naufrage, ce serait le bateau : les combats navals restent le clou du spectacle, portés par des effets modernes qui justifient à eux seuls une partie du prix — dommage qu'il faille vider son coffre en permanence pour l'améliorer, le capitalisme maritime n'ayant pas pris une ride non plus. Quant au monde ouvert, les nouvelles îles ajoutent du contenu comme on ajoute du papier bulle dans un colis : ça prend de la place, ça ne sert à rien. La plongée et la chasse, toujours obligatoires pour la complétion à 100 %, n'ont pas été repensées d'un iota depuis 2013 — au cas où quelqu'un se demandait si Ubisoft avait réfléchi à la question du harponnage de baleines en 2026.

Black Flag Resynced n'est ni un remaster paresseux, ni le remake ambitieux qu'on pouvait espérer. C'est un entre-deux calculé : assez neuf pour justifier le prix plein, assez fidèle pour ne prendre aucun risque créatif. Le jeu est splendide, confortable, et fondamentalement d'accord avec lui-même — ce qui, pour un remake censé questionner ce qui a vieilli, est presque un aveu d'échec. On y retourne quand même, pour le bateau et les tempêtes. Mais on aurait aimé qu'Ubisoft ose autre chose qu'un simple ravalement de façade.

Note : 6,5/10