De la robe d’avocate à la plume de romancière

Karine Sulpice a longtemps navigué entre deux mondes qui, en apparence, n’ont rien en commun. Journaliste de radio, puis avocate spécialisée en droit social et en droit du travail pendant dix ans, elle garde de ces deux vies une même exigence, celle de l’oral. Un texte doit toujours pouvoir se lire à voix haute sans accroc, dit elle.

Cette rigueur du son irrigue Méchante, où elle raconte la mort suspecte de Violette, une vieille femme empoisonnée par un champignon alors qu’elle en connaissait pourtant tous les secrets. Les soupçons se portent vite sur Bertille, son aide à domicile, et le fait divers vire au vertige judiciaire.

La frustration sociale, obsession secrète du roman

Derrière cette intrigue se cache une obsession plus intime, la frustration de n’avoir jamais pu vivre la vie dont on rêvait. Karine Sulpice le reconnaît avec pudeur, ce sujet la travaille depuis longtemps, nourri par des histoires de proches qui, faute de moyens ou de soutien familial, n’ont jamais pu emprunter le chemin qu’ils espéraient.

Quant au nom de son personnage empoisonneur, l’inocybe de Patouillard, il naît d’une recherche sur internet et d’un coup de cœur pour une sonorité presque aristocratique. Un détail qui résume sa méthode, partir d’un rien, d’un mot, d’un son, pour bâtir tout un roman.

Un regard tendre sur ses anciens métiers

Sur ses années de journalisme et de barreau, elle garde un regard tendre et amusé, sans jamais se prendre trop au sérieux, mais elle défend farouchement l’utilité de ces métiers. Un nouveau roman est déjà en chantier, et l’envie de renouer un jour avec l’oralité, peut être via le livre audio, ne l’a jamais quittée.

« Méchante », de Karine Sulpice, est publié aux éditions Liana Levi.