À Clamecy, le festival des cinémas engagés mise sur les rencontres plutôt que la compétition
Nevers et Nièvre · Par Théo L.V. ·Le lundi 2 février 2026 à 11h40
Du 13 au 16 février, Clamecy accueille la 4ᵉ édition du Festival des Cinémas Engagés, porté par l’association Stormbox Records. Un rendez-vous loin des tapis rouges formatés et des compétitions officielles, qui défend une autre idée du cinéma, celui d'un espace de rencontres, de points de vue et de discussions, ouvert à toutes et tous.
« Il n’y a pas de jury, il n’y a pas de remise de prix. Il y a juste des rencontres entre le public et les auteurs et les autrices »
Résume Sylvie Bailly, directrice de Stormbox Records et fondatrice du festival. Ici, pas de hiérarchie ni de palmarès, le cœur du projet repose sur l’échange, la curiosité et la pluralité des regards.
Un engagement avant tout artistique
Au Festival des Cinémas Engagés, l’engagement ne se limite pas à un thème ou à un slogan.
« Quand on fait un film, on a forcément un point de vue. Et c’est à travers ce point de vue que se situe l’engagement » explique Sylvie Bailly.
Documentaires ou fictions, films drôles ou bouleversants, l’engagement traverse les œuvres par leur manière de raconter le monde. La programmation s’articule autour de sous-thèmes quotidiens, tout en revendiquant le mélange des genres.
« On peut parler du plus douloureux en riant, et du plus drôle en s’interrogeant de manière quasi dramatique sur une question de société », précise t-elle.
Une façon assumée d’éviter le piège d’un cinéma moralisateur ou plombant, tout en restant lucide sur la réalité sociale et politique contemporaine.
Le court-métrage au cœur du festival
Cette édition ne renie pas le focus renforcé sur le court-métrage, un format que le festival défend avec conviction. Fragilisé économiquement, souvent autoproduit, le court-métrage est pourtant, selon Sylvie Bailly,
« un véritable terreau de création et de créativité, qui nous surprend à chaque fois ».
Chaque année, près de 500 courts-métrages sont reçus. Tous sont visionnés, puis présélectionnés avant d’être discutés collectivement lors de projections organisées avec un panel de spectateurs multigénérationnel, âgé de 25 à 70 ans.
« On définit ensemble la programmation », souligne-t-elle.
Une démarche participative rare, qui garantit la diversité des sensibilités et des points de vue. Présentés en séances d’une heure, les courts-métrages permettent de voyager à travers les genres, les pays et les problématiques comme les luttes sociales, questions politiques, récits intimes ou expérimentations formelles.
« Pour une fois, c’est le monde qui vient à nous », résume Sylvie Bailly.
Une programmation ancrée dans le territoire
L’ouverture du festival avec « La Nièvre du samedi soir », film tourné localement par Alexis Chevalier, illustre cet attachement au territoire. Comédie engagée par le décalage, le film aborde à la fois le désert médical et la richesse humaine des zones rurales.
« Venez nous voir, abandonnez vos préjugés », invite Sylvie Bailly, convaincue que la culture peut changer le regard porté sur la ruralité.
Tout au long du week-end, la programmation alterne entre avant-premières, classiques engagés et propositions hybrides. Le samedi est consacré aux violences d’hier et d’aujourd’hui, avec notamment Le Soulèvement de Thomas Lacoste (en sortie nationale) et Punishment Park de Peter Watkins. Le dimanche accueille Bonjour l’asile de Judith Davis, suivi d’une performance théâtrale inédite avec les comédiens du film. Le festival se clôture le lundi avec Un paese di resistenza, documentaire italien consacré à l’accueil des migrants et à la reconstruction d’un village.
Un festival comme acte militant
Organiser un festival de cinéma engagé à Clamecy relève d’un choix politique assumé.
« L’ignorance et la peur fabriquent des haines. Un festival comme celui-là sert à rassembler les gens au-delà des idéologies », affirme Sylvie Bailly.
Dîners collectifs, discussions informelles et verres partagés, la culture se vit aussi autour d’une table. Dans le même esprit, le festival reconduit le principe des tickets suspendus, qui permettent à chacun de faciliter l’accès aux projections et aux repas a ceux qui n'en ont pas les moyens.
« Il ne faut pas que la culture soit un barrage », insiste la directrice.
Plus qu’un événement cinématographique, le Festival des Cinémas Engagés défend une idée simple mais essentielle, refuser la fatalité, soutenir les utopies et continuer à croire que le cinéma peut ouvrir des espaces de dialogue et d’imaginaire collectif.








