Baromètre SUEZ x Odoxa : la Nièvre, bon élève du réemploi et du tri des déchets
Nevers et Nièvre · Par Théo L.V. ·Le mardi 9 décembre 2025 à 17h00 ·mis à jour le 09/12/2025 à 17:44
À l’occasion de la 16ème Semaine Européenne de la Réduction des Déchets, SUEZ et Odoxa publient la 6ème édition de leur baromètre annuel. Plus de 12 000 Français ont été interrogés, dont 1 000 habitants de Bourgogne-Franche-Comté. Cette année, l’étude résonne particulièrement fort, alors que les questions de tri, de réemploi et de sobriété occupent une place centrale dans le débat public.
Une satisfaction qui ne faiblit pas
En Bourgogne-Franche-Comté, les résultats dressent le portrait d’un territoire paradoxal : les services de collecte y sont très bien perçus, mais les gestes de réduction des déchets ont encore du mal à s’installer durablement. Dans la Nièvre, en revanche, un véritable modèle semble émerger. En 2025, 86 % des habitants de la région jugent la collecte des déchets efficace, un chiffre stable et comparable à la moyenne nationale. Certains départements se distinguent même : 91 % des habitants de Côte-d’Or et 90 % de ceux du Territoire de Belfort se déclarent satisfaits.
Comme le souligne Delphine Perrot, responsable de la gestion des déchets chez SUEZ :
« Les Français reconnaissent la qualité des actions locales. Dans la Nièvre, 83 % des habitants disent qu’il est facile de trier leurs déchets. C’est un signal fort pour les collectivités comme pour nous. »
Mais derrière cette satisfaction, un autre constat apparaît : si l’infrastructure fonctionne, l’engagement individuel s’essouffle.
Réduire ses déchets : un défi encore difficile
Trier, oui. Réduire, non. C’est en résumé ce que montre le baromètre en Bourgogne-Franche-Comté, seulement 66 % des personnes interrogées estiment simple de réduire leurs déchets, soit un recul de deux points en un an.
« On observe un paradoxe : chacun pense faire sa part, mais beaucoup estiment que les autres trient mal. Cette perception peut décourager. »
Les chiffres montrent d’ailleurs un recul de plusieurs écogestes comme éviter le plastique, acheter de seconde main ou limiter les produits jetables. Seuls les biodéchets échappent à cette tendance, grâce aux nouvelles obligations de tri. Dans ce contexte, la Nièvre sort du lot, la pratique régulière de la seconde main est passée de 37 % en 2020 à 63 % en 2025, soit un bond de plus de 25 points. Cela reflète à la fois une prise de conscience et une réalité économique.
DEEE : kézako ?
Les DEEE (déchets d’Équipements Électriques et Électroniques) sont partout dans les foyers, et l’étude livre des chiffres intéressants. Dans la région, 57 % des habitants ont rapporté leur dernier appareil dans une filière adaptée mais 28 % jugent ces déchets difficiles à gérer (35 % dans la Nièvre).
Pourtant, comme le rappelle Delphine Perrot :
« Les habitants se sentent parfois démunis, mais dans les faits, 57 % d’entre eux apportent leurs DEEE en déchetterie. C’est exactement le bon geste. »
Les freins restent nombreux : méconnaissance des consignes, difficulté à changer certaines habitudes, manque d’implication au quotidien. Autant d’obstacles qui montrent que la transition ne pourra réussir qu’avec un accompagnement pédagogique cohérent et continu.
La Nièvre, véritable laboratoire régional
C’est là que la Nièvre tire son épingle du jeu. En 2024 et 2025, deux écocentres ont ouvert à Nevers. Ces lieux ne sont pas seulement des sites de tri, ce sont aussi des espaces d’éducation, de réemploi et de résilience territoriale. Les habitants y déposent leurs objets « à devenir », triés par des agents valoristes avant d’être orientés vers des filières de seconde vie, en partenariat avec Emmaüs, L’ANAR et l’ACEM. Un modèle d’économie circulaire dont les premiers résultats sont très encourageants.
« Dès la première année, l’écocentre des Grands Prés a accueilli plus de visiteurs que prévu, avec une hausse significative des tonnages collectés. Cela montre que l’offre répond à un besoin réel », explique Delphine Perrot.
L’ouverture récente d’une salle de sensibilisation marque une nouvelle étape : faire des écocentres de véritables lieux d’apprentissage citoyen, et non de simples lieux de dépôt.
Leur succès attire déjà des délégations venues d’autres villes moyennes françaises. Cependant, les prochaines avancées dépendront aussi du calendrier politique local où certains projets pourraient être repoussés après les élections.
Pour Delphine Perrot, l’essentiel est de « poursuivre la dynamique » et d’inciter les habitants à s’approprier ces équipements, notamment pour les objets réemployables.
Un territoire qui avance, une région en transition
Le baromètre 2025 dresse un bilan contrasté avec une grande satisfaction envers les services publics, un tri bien maîtrisé mais une réduction des déchets encore timide et des écogestes en recul. Dans ce paysage, la Nièvre apparaît comme un territoire inspirant. Ses écocentres, ses partenariats avec l’économie sociale et solidaire et l’essor de la seconde main montrent qu’une transformation profonde est possible lorsque l’on mise sur l’innovation, la proximité et la pédagogie.
Le défi des prochaines années sera clair, remobiliser les citoyens, simplifier les gestes et inventer des solutions qui rendent la sobriété accessible à tous.








