Dans la rédaction à Nevers, la colère est là. Et avec elle, une vraie désillusion.

« On a fait beaucoup d'efforts, on a suivi tous les changements comme de bons élèves et on prend quand même », confie Vincent Darbeau, journaliste au Journal du Centre et délégué syndical. 

Une équation compliquée à résoudre

Concrètement, la réorganisation bouleverse l'ancrage territorial du journal. L'agence de Clamecy fermera ses portes, remplacée par un simple bureau à Vézelay chargé de couvrir un territoire plus vaste, en mutualisation avec d'autres titres du groupe. De quoi sérieusement fragiliser la couverture de terrain.

« Du temps en moins sur le terrain, c'est évident », souligne-t-il. « On va devoir faire plus, aller aux quatre coins de la Nièvre, avec moins de monde. »

Il pointe aussi la disparition progressive des fonctions d'accueil et d'appui administratif, des tâches qui risquent de retomber sur les journalistes.

Une stratégie en contradiction

Ce qui irrite les équipes, c'est le paradoxe de la situation. La direction affiche un recentrage sur « l'information de proximité », mais coupe dans les effectifs qui la rendent possible.

« On nous demande de multiplier les petits sujets sur le terrain plutôt que des gros dossiers », explique Vincent Darbeau. « Sur la forme, c'est contradictoire avec les choix récents du groupe. »

Il n'y a pas si longtemps, la ligne éditoriale semblait prendre une direction opposée, avec un renforcement des contenus nationaux et mutualisés. Un virage aujourd'hui abandonné, qui laisse une impression de navigation à vue : « un coup dans un sens, un coup dans l'autre ».

Le poids des erreurs passées

La stratégie économique du groupe est elle aussi dans le viseur. Le modèle reste massivement dépendant du papier, qui représente environ 80 % des revenus, alors que les ventes baissent. De 35 000 exemplaires quotidiens à la fin des années 1990, le journal est tombé à moins de 15 000 aujourd'hui.

« On devrait être au double de ce qu'on fait aujourd'hui sur le web pour être au niveau de nos concurrents ». 

Dans ce contexte, certains investissements passés interrogent, notamment celui d'un nouveau centre d'impression à plusieurs dizaines de millions d'euros à Cébazat (63), alors que le déclin du papier est jugé « inéluctable ».

Une profession fragilisée

Cette nouvelle vague de suppressions de postes dit quelque chose de plus large sur l'état du métier.

« Je fais partie de la dernière génération qui peut envisager de faire toute sa carrière dans le même média », constate Vincent Darbeau.

Mais pas question de baisser la garde sur le fond.

« Peut-être qu'on fera plus court, mais ça ne veut pas dire moins bien. »

Quel avenir pour l'information locale ?

Dans des territoires comme la Nièvre ou le Morvan, où le journal reste un lien fort entre les gens et leur territoire, la question est lourde. Jusqu'où peut-on tailler dans les effectifs sans vider l'information locale ?

« On continuera d'être partout », assure malgré tout Vincent Darbeau.

En s'adressant aussi directement aux lecteurs:

« J'espère qu'ils continueront à nous faire confiance. Nous, on continuera d'être sur le terrain, partout, pour eux. »

Et aux jeunes qui hésitent à se lancer :

« C'est un métier passion. Il est de plus en plus attaqué et précarisé, mais on a besoin de journalistes. »

Plusieurs actions sont actuellement en réflexion au sein des équipes du Groupe Centre-France. Une mobilisation pourrait être envisagée à l’échelle de l’ensemble des filiales, toutes touchées par les suppressions de postes. 

Le meilleur soutien reste de lire le Journal du Centre, autour d’un café le matin ou entre collègues au travail. The Vox apporte son soutien aux salariés touchés par ces suppressions de postes et réaffirme son attachement à une information locale forte et indépendante.