« C’est pas la fin du monde », quand l’art contemporain prend le pouls de notre époque
Nevers et Nièvre · Par Théo L.V. ·Le jeudi 26 juin 2025 à 13h57 ·mis à jour le 26/06/2025 à 14:28
Photo The Vox
Nous avons rencontré Christophe Wootz, commissaire d’exposition, pour parler de l’exposition qu’il co-signe avec Sylvie Zavatta, directrice du FRAC Bourgogne-Franche-Comté. « C’est pas la fin du monde », c’est vrai, et ce n’est pas qu’une formule rassurante.
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"C'est pas la fin du monde", une exposition qui interroge la société à Nevers
Jusqu'au 19 juillet 2025 à La Maison (Nevers), "C’est pas la fin du monde" est une exposition à la fois politique et écologique qui explore notre (...)
Un titre qui questionne
Derrière ce titre aux accents légèrement ironiques, il y a une promesse : celle de montrer que la fin peut être un début.
« Pour moi, la fin du monde, c’est le début d’un autre », explique Christophe Wootz. Une manière de conjurer l’angoisse contemporaine et de laisser entrevoir d’autres possibles, sans jamais imposer une réponse unique.
Visible jusqu’au 19 juillet, l’exposition est née d’un véritable travail de dialogue. D’un côté, le FRAC, avec sa riche collection de plus de 900 œuvres. De l’autre, Christophe Wootz, commissaire d’exposition et fin connaisseur des lieux. Le résultat : une sélection d’une trentaine d’œuvres portées par quinze artistes aux horizons variés.
Écologie, crises et utopies
Le fil rouge est clair : l’écologie. Mais pas seulement. Les œuvres abordent aussi des crises sociales, des formes de résistance, des utopies collectives.
Une vidéo de June Balthazar ouvre le bal : "Millennial" raconte des enfants qui s’organisent pour protéger une forêt. Une autre vidéo, "Le milieu est bleu", imagine une communauté d’adultes vivant dans un théâtre ouvert sur la nature. La forêt devient la métaphore d’un monde à réinventer.
« L’art ne dit pas la vérité, il pose des questions », insiste Christophe Wootz. Pas de leçon ici, ni de verdict. Plutôt une invitation à réfléchir, débattre, ressentir. C’est là que l’exposition devient un espace de pensée collective.
Des objets du quotidien au statut d’œuvre
Parmi les œuvres marquantes, il y a La chaise de Pondichéry : une vieille chaise en plastique, reproduite à l’identique par des artisans. Abandonnée dans un jardin, elle renaît en sculpture. Une manière de parler du passage du temps, de l’érosion, mais aussi de la transformation.
« Une chaise qu’on ne regardait même pas devient une œuvre exposée au musée. »
Autre moment fort : l’œuvre de Mathieu Saladin, qui propose une pile de feuilles listant des effacements de dettes. Le visiteur peut repartir avec une page, à condition de respecter l’ordre chronologique. Une œuvre politique, participative et éphémère. Si tout est pris avant la fin de l’expo, ce sera la fin de l’œuvre, et c’est prévu.
Une mise en espace comme un DJ set
Construire une exposition, c’est aussi une affaire de placement.
« Je vois mon rôle comme celui d’un DJ : je fais des assemblages, je crée une ambiance, et chacun se l’approprie à sa façon. »
Rien n’est laissé au hasard. Tout est pensé pour faire dialoguer les œuvres, pour que l’expérience du visiteur soit fluide et sensible.
Une œuvre centrale, défendue bec et ongles par Christophe, trône au milieu de la salle : une sculpture composée de formes en huit, symboles d’infini.
« Je voulais insister sur cette idée de continuité, de recommencement. Que rien ne se termine vraiment. »
« C’est pas la fin du monde », en somme, est tout sauf un constat désespéré. C’est un espace de réflexion, de poésie, d’assemblage d’idées. Une invitation à regarder autrement notre époque, ses inquiétudes et ses ressources.
À voir jusqu’au 19 juillet, à la Maison (Nevers).
Après, ce sera la fin de cette exposition.
Mais pas la fin du monde.








