« Chez Brice » : L'hommage vibrant à cette belle âme du Morvan et de l'édition indépendante
Nevers et Nièvre · Par Manuel Houssais ·Le vendredi 5 décembre 2025 à 18h07
Paris, le 27 novembre 2025 – Dans un petit appartement du 13e arrondissement, entre des piles de livres et des souvenirs accrochés aux murs, Jean-Michel Platier évoque Brice Beauprêtre. Pas avec tristesse, mais avec cette chaleur qui caractérise ceux qui ont aimé un être exceptionnel. « Chez Brice », le livre-hommage qu'il a coordonné, est bien plus qu'un recueil de souvenirs : c'est une porte entrouverte sur une vie, une amitié, et une certaine idée de la culture.
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Regards croisés
"Chez Brice", un livre pour défier l'oubli et célébrer la vie
« Chez Brice » n'est pas un simple hommage. C'est un objet littéraire hybride, mêlant poèmes, témoignages, haïkus et acrostiches. « J'ai (...)
« Brice est parti 15 jours avant ses 60 ans, en avril 2024. C'était un coup de massue. Mais je savais qu'il fallait faire un livre. Parce que Brice, c'était le livre. » Jean-Michel Platier, fondateur des éditions Bérénice, se souvient de ce graphiste, de cet « amoureux des polars » qui a réalisé près de 150 ouvrages en 30 ans. « Sans lui, la maison n'aurait jamais existé. »
Un livre pour transcender le deuil
« Chez Brice » n'est pas un simple hommage. C'est un objet littéraire hybride, mêlant poèmes, témoignages, haïkus et acrostiches. « J'ai laissé chacun s'exprimer sans censure. Certains textes sont drôles, d'autres poignants, mais tous sont bruts, comme l'était Brice. » Le livre, né d'une initiative collective, a fédéré la famille, les amis d'enfance, les auteurs et les complices de Brice. « Sa sœur Carole a mobilisé tout le monde. C'était une nécessité : Brice méritait ça. »
Pourquoi des formes poétiques ? « Parce que Brice était un conteur. Il dévorait les livres – je me souviens qu'il avait enchaîné les deux premiers tomes de Millenium en 24 heures, sans dormir. La poésie, c'était une façon de capturer son essence : rapide, intense, vivante. »
Le Morvan, terre d'ancrage et d'inspiration
Brice Beauprêtre était un « aimant », comme le décrit Jean-Michel Platier. « Il rayonnait. À Paris, il organisait des fêtes légendaires, mais son cœur battait pour le Morvan. » À Moulins-Engilbert, « il pêchait, marchait dans les forêts, et ramenait ses amis découvrir cette région qu'il adorait. » Un attachement viscéral, presque politique : « Les gens l'aimaient tellement qu'ils voulaient qu'il se présente aux élections. Mais Brice était trop pudique. Il préférait agir dans l'ombre, aider, écouter. »
« Il était à la frontière de tous les milieux. À Paris, il fédérait des poètes, des romanciers, des artistes. Dans le Morvan, il était le fils du pays, le copain de tout le monde. » Un homme « sans jugement », qui « ne sélectionnait pas ses amis sur leurs opinions, mais sur leur humanité. »
L'héritage d'un humaniste dans l'édition
Brice a marqué les éditions Bérénice par son « écoute » et son « audace visuelle ».
« Il ne jugeait jamais les manuscrits. Il proposait des couvertures qui dérangeaient, comme celle de La Femme Pluie de Chantal Portillot – un visage à moitié caché, en noir et blanc. Ce roman a été remarqué par le jury du prix Femina. Brice avait ce talent : il savait capter l'âme d'un livre. »
« Aujourd'hui, à chaque fois que je vois la tour Montparnasse, je pense à lui. Il avait un appartement là-bas. C'était son Paris. » Un Paris de partage, de débats, de « club des poètes » où « on arrêtait tout pour écouter un texte, un poème. » « Je me souviens de Michel Houellebecq, alors inconnu, fumant clopes sur clopes ». « Brice créait des moments où la littérature devenait une fête. »
La culture comme résistance
Jean-Michel Platier ne cache pas ses inquiétudes sur l'avenir de l'édition indépendante. « Les ventes moyennes par ouvrage ont chuté en 25 ans. Le livre n'est plus une priorité. Pourtant, c'est un outil de liberté. » « J'ai écrit un roman vulgaire, pornographique et politique, en hommage à la littérature dans un ton libre et indépendant. Certaines maisons d'édition ont reculé. Mais je ne renierai pas ce que j'écris. La liberté d'expression, c'est sacré. »
« Brice m'a appris ça : ne jamais juger, toujours défendre les créateurs. Aujourd'hui, avec les tensions sociales, c'est plus difficile. Mais on continue. Parce que les petites maisons comme Bérénice sont des laboratoires d'audace. »
Un livre pour aimer la vie
« Chez Brice » se termine sur une note d'espoir. « Brice aimait la vie : les repas, les débats, les rires. Ce livre, c'est une invitation à faire de même. » « La culture, comme l'amitié, est une lumière qui ne s'éteint jamais. »
« Chez Brice »
Bérénice Éditions Nouvelles – 120 pages – 10 €
Disponible en librairie et sur : www.les-editions-berenice.com







