Coulanges-lès-Nevers retire son drapeau européen en soutien aux agriculteurs
Nevers et Nièvre · Par Théo L.V. ·Le jeudi 15 janvier 2026 à 11h24 ·mis à jour le 15/01/2026 à 11:53
À Coulanges-lès-Nevers, le drapeau de l'Union Européenne a récemment disparu de la façade de la mairie. Une décision symbolique, assumée par le maire, Julien Jouhanneau, prise à la demande des agriculteurs de la commune. Elle est motivée par les inquiétudes croissantes du monde agricole, notamment autour du traité du Mercosur.
« Ce sont les agriculteurs eux-mêmes qui sont venus nous voir, ils souhaitaient un geste fort pour contester certaines orientations européennes, en particulier la signature du traité du Mercosur. » explique t-il.
S’il reconnaît ne pas être habituellement adepte des actions symboliques, le maire dit avoir été sensible à la détresse exprimée par les exploitants locaux.
Proche du terrain, Julien Jouhanneau reviens sur les nombreuses difficultés auxquelles sont confrontés les agriculteurs de la Nièvre.
« Ils ont besoin d’écoute et de reconnaissance. Même si une mairie dispose de peu de leviers sur ces sujets, ce signe comptait pour eux », souligne-t-il.
Au-delà du symbole, le maire insiste sur les actions concrètes menées par la commune en faveur de l’agriculture locale. À Coulanges-lès-Nevers, le soutien aux producteurs passe notamment par le développement d’une alimentation de proximité.
« Retirer le drapeau est un geste fort, mais le vrai soutien se joue au quotidien »
La municipalité a ainsi mis en place un espace test maraîcher, travaille étroitement avec la Cuisine des Saveurs pour la restauration scolaires et privilégie les produits locaux dans les colis gourmands distribués aux seniors chaque fin d’année.
« Bien manger coûte plus cher, c’est vrai, mais c’est aussi un acte militant », assume le maire.
Concernant l’Europe, Julien Jouhanneau adopte une position nuancée.
« Je ne suis pas contre l’Europe, au contraire. Mais l’Europe actuelle ne reflète plus, selon moi, l’envie des peuples. »
Il estime également que la France, pilier historique de la construction européenne, n’est pas suffisamment entendue. Interrogé sur un éventuel retour du drapeau européen, Julien Jouhanneau n’avance pas de calendrier précis. La décision dépendra, selon lui, d’une évolution des politiques européennes et d’une meilleure prise en compte des réalités agricoles françaises. Enfin, il tient à préciser que la commune demeure neutre s'agissant des différents syndicats agricoles.
« Ce qui nous importe, c’est l’agriculteur avec un grand A. La Nièvre est un département rural, profondément agricole. Si une petite collectivité peut être aux côtés de ses agriculteurs, alors autant le faire. »
Suite de cette initiative, nous avons contacté l’ensemble des mairies de Nevers Agglomération afin de savoir si elles envisageaient, elles aussi, de retirer le drapeau de l'Union Européenne de leurs façades. À Nevers, la position est claire : le drapeau européen restera en place. La municipalité rappelle que plus de 6 millions d’euros de subventions européennes ont été obtenus depuis 2014 au bénéfice de la ville et de l’agglomération.
« Un tel geste serait inapproprié », indique le maire, Denis Thuriot.
Il précise également que cela ne marque en aucun cas un désintérêt pour les revendications agricoles. La ville établit une comparaison avec le drapeau français, que l'on ne retire pas même lorsque certaines décisions de l’État sont contestées. Même position prudente ou attentiste dans plusieurs communes de l’agglomération. À Garchizy, Fourchambault, Challuy, Gimouille, Parigny-lès-Vaux et Germigny-sur-Loire, le retrait du drapeau européen n’est « pas prévu à l’heure actuelle » ou « pas prévu pour le moment ».
Certaines communes soulignent toutefois que la question ne se pose pas dans les mêmes termes. À Varennes-Vauzelles, le drapeau européen n’a jamais été levé sur la façade de la mairie. Seuls le drapeau français et celui des « Ville pour la paix » y sont présents. À Saincaize-Meauce, le drapeau européen n’est pas installé non plus. À Pougues-les-Eaux, la municipalité adopte une position plus nuancée. En l’absence du maire, le premier adjoint s’interroge sur la pertinence du geste, questionnant le rôle d’une mairie dans ce type d’action et la portée symbolique envoyée. La commune se dit néanmoins ouverte à la réflexion.
À Saint-Éloi, en revanche, la municipalité a fait le même choix qu'à Coulanges-lès Nevers et a retiré le drapeau européen de sa façade.
Finalement, si la décision de Coulanges-lès-Nevers a ouvert un débat au sein de Nevers Agglomération, elle ne semble pas, à ce stade, amorcer de mouvement collectif. Entre attachement à l’Europe, reconnaissance de son soutien financier et volonté de ne pas mêler symboles institutionnels et contestation politique, chaque commune avance avec sa propre lecture du rôle qu’elle doit jouer face à la crise agricole. La question se pose donc, une réponse collective ne pourrait-elle pas simplement prendre la forme d’une lettre ouverte commune, contestant certaines décisions de l'Union Européenne et affirmant clairement le soutien des communes aux agriculteurs ?








