Fourchambault, berceau méconnu de la Vespa française

Peu le savent, mais la Vespa fut un temps « française ». « ACMA était le premier constructeur de deux-roues en France, avec 350 assembleurs en activité à l'époque », rappelle David Nadjar. Filiale discrète de Piaggio, l'usine de Fourchambault devint, grâce à l'intervention de François Mitterrand — alors député de la Nièvre —, le deuxième site mondial de production après Ponte d'Era en Toscane. « On y fabriquait des Vespas, mais aussi des 4L, des triporteurs, et même des véhicules militaires », précise-t-il. Un héritage industriel qui, sans ce projet, risquait de sombrer dans l'oubli.

Une fresque pour raconter l'histoire humaine

L'idée ? « Redonner vie à ces murs en y apposant des visages, des gestes, des émotions ». La façade, transformée en frise chronologique, mêle coupures de presse, photos d'ouvriers, et publicités d'époque.« Chaque image est une fenêtre sur le passé, une façon de montrer que derrière chaque Vespa, il y avait des hommes et des femmes qui y ont laissé leur sueur », explique David Nadjar. Parmi les pépites : une coupure du Journal du Centre de 1950, annonçant l'acquisition du site par Piaggio... grâce à l'intervention décisive de Mitterrand.

« La Vespa, c'est bien plus qu'un scooter. C'est un véhicule intemporel, une icône qui a traversé les décennies et les cultures. Aujourd'hui, elle nous permet de voyager dans le temps. » — David Nadjar |

La Nièvre, terre de mémoire industrielle

Ce projet est aussi une histoire locale. « Fourchambault, c'est le reflet d'un patrimoine qui a façonné la région », souligne David Nadjar. Les archives révèlent des liens insoupçonnés : des machines-outils parties équiper une usine Vespa en Inde, des ouvriers dont les enfants se souviennent encore des « sorties d'usine » en Vespa. « On a voulu créer un parcours de mémoire, pour que les jeunes générations comprennent ce que ces murs ont représenté », ajoute-t-il.

En 1950, François Mitterrand, alors député de la Nièvre, intervint personnellement pour lever une dette sociale bloquant l'acquisition du site par Piaggio. Une manœuvre politique qui permit à Fourchambault de devenir le cœur battant de la Vespa française. 

Et demain ? Un musée pour perpétuer la légende

L'ambition ne s'arrête pas à la façade. « Nous rêvons d'un musée conservatoire, un lieu de vie où les passionnés pourraient se retrouver », confie David Nadjar. L'objectif : faire de Fourchambault un point de rassemblement pour les vespistes, avec expositions, rallye, et même un centre de restauration. « Ces murs méritent une seconde vie. Ils ont tant donné, il est temps de leur rendre hommage. »

Chiffres clés

360 000 Vespas produites à Fourchambault entre 1950 et 1961. 
260 mètres de fresque historique sur la façade de l'usine. 
50 visuels d'archives, colorisés et légendés, pour raconter l'épopée ACMA.

Un hommage à l'audace et à la passion

« Si la Vespa de Fourchambault pouvait parler, elle nous dirait : "N'oubliez pas" », murmure David Nadjar. Ce projet, né d'un rêve et porté par des centaines de donateurs, redonne à la Nièvre un pan de son identité. « C'est un devoir de mémoire, mais aussi une promesse pour l'avenir. » À Fourchambault, l'histoire ne s'efface plus : elle s'affiche, fière et chatoyante, sur les murs d'une usine qui renaît.