Hôpital de Nevers, épisode 1 : des paniers garnis et un établissement qui dysfonctionne
Nevers et Nièvre · Par Fabienne Dhugues ·Le lundi 7 juillet 2025 à 11h45
Photo de Hayley Murray sur Unsplash
Une administration provisoire, une ambiance délétère, des avions, une non-certification, des mercenaires et des paniers garnis. De quoi parle-t-on ? De l’hôpital de Nevers. Un établissement qui dysfonctionne, et où chacun tente d’apporter des solutions pour améliorer la situation. Quitte à tomber à côté de la plaque.
Car ces solutions ressemblent parfois au concours Lépine. La dernière idée en date a été révélée par Le Canard enchaîné. Dans une note interne de l’hôpital, il est écrit : « La direction de la qualité invite tous les professionnels de l’établissement à s’engager pour la qualité et la sécurité des biens et des personnes, via la déclaration des événements indésirables. » Une demande somme toute justifiée. Si ce n’est que, pour encourager la remontée des informations, la direction promet… deux paniers garnis d’une valeur de 300 et 200 euros aux services qui feront le plus de signalements. Une annonce qui, dans la forme, agace David Boucher, délégué CFDT, qui pense que « le risque majeur, c’est que ça devienne un concours de dénonciation tous azimuts, pour tout et pour rien (1) ».
« Les événements indésirables empêchent le processus de travail et de soin de s’exercer correctement »
Avec lui, on a tenté de faire le point sur ce qui fait que cet hôpital ressemble à un bateau ivre. Mais d’abord, nous évoquons cette drôle d’histoire de paniers garnis et d’événements indésirables.
« Les événements indésirables, ce sont des événements du quotidien qui empêchent le processus de travail et de soin de s’exercer correctement, explique David Boucher. Alors, les agents, les travailleurs, les salariés sont invités à faire remonter ces situations pour qu’on puisse les corriger.
Concrètement, vous, par exemple, en tant que journaliste, cela fait trois fois que vous commandez des crayons et on ne vous les livre pas. Vous faites une fiche en disant : "J’ai besoin de crayons pour travailler. À telle période et telle période, j’ai demandé des crayons, je n’en ai toujours pas. Je ne peux pas travailler."
Nous, en ce moment, on travaille sous de fortes chaleurs. Au 2ème étage, il y a 35 degrés, donc c’est problématique pour les patients, les salariés, les agents de la fonction publique. On avait prévu des brumisateurs, on avait tout mis en place, sauf que la commande a été oubliée... »
La machine coince, les rouages sont grippés
« Il y a pourtant un processus. Mais un directeur est parti, et cela s’est perdu avec son départ. Alors, la CFDT a été obligée de refaire une fiche en disant : "Mais nous avons fait ci et ça. En cas de fortes chaleurs, le code du travail dit que les salariés doivent être protégés, et vous étiez d’accord." Et cette nouvelle fiche vigie a permis d’avoir les brumisateurs en 24 heures. Mais cela aurait dû être prévu depuis longtemps. »
Un oubli de commande peut sembler anecdotique. Mais ce problème est symptomatique d’un état plus général. Car la machine coince, les rouages sont grippés. Aussi parce que, pour David Boucher, la communication est mauvaise et les signaux sont faussés. L’administration a échoué.
« Les personnes en charge à la direction font en sorte qu’on n’arrive pas à communiquer, parce que ça a été mal présenté. »
Et mettre en jeu des paniers garnis en instaurant une compétition biaise encore plus l’objectif de ces fiches, qui ont pourtant comme finalité d’améliorer les conditions de travail. Mais « c’est devenu : si tu ne fais pas ça, je vais faire une fiche vigie contre toi », déplore le délégué CFDT. Car au CHAN Pierre-Bérégovoy, l’ambiance est tendue.
« Les mercenaires »
« Il y a les médecins d’un côté et le reste de l’hôpital de l’autre », souligne David Boucher. Parce que, pour certains d’entre eux, « leurs objectifs ne s’inscrivent pas dans l’objectif collectif. À l’hôpital de Nevers, on le voit bien avec des mésententes qui viennent d’un changement de culture. Aujourd’hui, ce dont se plaignent les agents, c’est que dans le temps, à 8 h, le médecin était au pied de la salle de soins et attendait pour faire la visite. Aujourd’hui, ce sont les infirmières et les soignants qui attendent le médecin, qui arrive à 9 h, 9 h 30 ou 10 h. Et qui va prendre sa pause à midi, revient à 14 h et repart à 15 h... Il y a une telle pénurie que des médecins organisent leur temps de travail comme ils l’entendent et personne ne leur dit rien. Ou sinon, ils demandent des sommes énormes qui mettent tout un système en péril. Certains demandent 2 000 euros les 24 heures. »
À tel point qu’on les surnomme parfois « les mercenaires », explique David Boucher, qui ajoute :
« On a voulu changer l’idéologie de l’hôpital avec cette volonté de libéraliser le système de santé et d’appliquer la loi de l’offre et la demande. Et qui dit loi de l’offre et de la demande dit rémunération. Puis après, on vient vous dire qu’il y a 22 milliards de déficit. Les 22 milliards ne participent pas que de ça, bien sûr, il y a plein d’autres éléments. Mais les pouvoirs publics, les politiques ne récoltent que ce qu’ils ont semé, les uns après les autres. »
À suivre…
Sollicitée par email, la direction de l’hôpital de Nevers n’a pas répondu à notre demande d’interview.
(1) Source : France 3








