En mai 2020, en réponse à la crise du Covid-19, l’État lance le Ségur de la santé afin de renforcer le système. Il faut former davantage de soignants, mieux prendre en charge les patients, redonner sa place au service hospitalier. Make hôpital great again. Puis aussi mieux rémunérer les soignants qui, étrangement, n'étaient pas forcément ravis d'être payés en primes d'applaudissements. Mais cinq ans après, et avec un gouvernement qui cherche à faire 40 milliards d'économie, le Ségur et ses augmentations de salaires sont parfois montrés du doigt. Pourtant malgré ce pognon de dingue, les hôpitaux publics peinent à recruter. Et le CHAN Pierre-Bérégovoy ne fait pas exception.

« Pour un bac + 3, 4 ou 5, il vaut mieux faire autre chose que d'être dans le système de santé »

« Depuis quelques semaines, dans les émissions, vous entendez que le trou de la Sécu c'est la faute du Ségur dénonce David Boucher. Mais le Ségur, ça a été 183 euros de plus pour tous les personnels. Plus des augmentations suivant les grilles de salaires. Mais ces augmentations n'ont été qu'un rattrapage de ce qui n'avait pas été fait depuis des années. On aime bien se comparer d'un point de vue européen mais quand il est question de la rémunération, on aime beaucoup moins. En France nous étions dans les derniers du classement pour les infirmiers mais aussi pour les professions paramédicales. Aujourd'hui nous ne sommes plus derniers mais on est seulement monté de quatre ou cinq places. »

Les rémunérations continuent donc de poser problème. « Je ne vous cache pas que pour un bac + 3, 4 ou 5 maintenant il vaut mieux faire autre chose que d'être dans le système de santé, déplore le délégué CFDT.  Même pour les médecins. Puis pour les médecins, il y a un autre phénomène. Il y a vingt-cinq ans, les études de médecine étaient en sept ans. Aujourd'hui elles sont en dix ans. Donc entre le financement, les études, la vie... à rémunération égale vous pouvez faire d'autres études, plus courtes et peut-être même avec des rémunérations supérieures. »

« Les gens ne s'attendent pas à savoir ce qu'est être infirmier »

Mais est-ce suffisant pour expliquer le fait que ces professions ne séduisent plus ? « Aujourd'hui, il y a une difficulté énorme de recrutement. Et il y a un autre paramètre, c'est Parcoursup. Les écoles de santé sont devenues des universités comme les autres avec des candidats qui intègrent par défaut, beaucoup plus qu'avant. Puis sociétalement, le soin ça a changé. Les gens ne s'attendent pas à savoir ce qu'est être infirmier. Alors que c'est être auprès des liquides physiques, c'est faire des toilettes aux personnes âgées, c'est voir la mort, la déchéance humaine. Est-ce que culturellement on n'y est plus prêt massivement ? Peut-être aussi. »

Mais plus concrètement voici le tableau brossé par David Boucher dans la cité ducale concernant la formation en soins infirmiers : « pour l'école de Nevers, on en recrute cent-vingt. Mais au bout de trois ans, seuls soixante seront diplômés. Sans compter qu'en moyenne, la durée d'une carrière est de sept ans, études comprises Et il y a des gens qui partent même beaucoup plus tôt, après deux ou trois ans. » explique-t-il encore.

Alors on se dit qu'il il faudrait sans doute ouvrir plus grand la porte de la formation à Nevers pour espérer plus de soixante diplômés. « L'ARS a dit, je crois, on va monter à cent cinquante étudiants. » sauf que ça coince... car l'amphi n'est pas assez grand. Et côté médecine, le constat est le même. Malgré la fin du numérus clausus, le nombre d'étudiants en médecine reste contraint, faute de places dans les facs.

Ambiance...

Cet état de fait n'est pas propre à l'hôpital de Nevers. Mais cela s'ajoute à d'autres problématiques plus spécifiques, plus profondes et qui semblent impossibles à débrouiller. À tel point que fin 2023 l'établissement est placé sous administration provisoire suite à l'inspection de la Haute Autorité de Santé. L'ARS parle alors du « nombre de postes médicaux et paramédicaux vacants, les difficultés de coordination entre services, l'insuffisante maîtrise de l'utilisation des médicaments à risque, les urgences... » et aussi des gros – très gros !  – soucis de personnes.

David Boucher pointe à l'époque « deux clans irréconciliables qui se dénonçaient l'un l'autre, s'envoyaient des noms d'oiseaux. Un urologue a claqué la porte. Parfois, lorsque des patients étaient transférés dans un autre service à cause du manque de lits, il attendait plusieurs heures voir plusieurs jours parce que les services ne communiquent pas »  (1)

Denis Thuriot, maire de Nevers et président du Conseil de surveillance de l'hôpital avait été encore plus frontal dans son diagnostic : «  Il faut maintenant faire le ménage dans cet hôpital. Parce que vous avez des gens qui ne partagent pas le projet médical, qui sont là égoïstement, à faire des guéguerres internes et ne portent pas le projet commun. Tant que ce sera comme ça, personne ne pourra mieux gérer cet hôpital (…) Tous ceux qui pourrissent le fonctionnement de l'hôpital n'ont rien à faire là. Il vaut mieux qu'ils partent ailleurs (…) Mais ça ne sert à rien de garder des gens qui ne sont pas dans un esprit de partage et d'esprit commun. » (1)

Alors qui sont ceux qui posent problème et mettent l'hôpital à mal ? Denis Thuriot les connaît, « mais je ne peux pas vous dire lesquels. Certains n’ont pas un comportement adulte. Certains se détestent. Il y a 2.000 personnes à l’hôpital. On ne leur demande pas de partir en vacances ensemble, mais simplement de faire le boulot, et d’aider les élus dans les projets de territoire pour la santé. »(2)

Ambiance encore... Et après quelques mois sous le régime d'administration provisoire, le constat reste globalement le même. Peu d'avancées et de gros dysfonctionnements aux urgences ne permettent pas de garantir la sécurité des soins. La Haute Autorité de Santé annonce donc en avril 2024 la non-certification de l’hôpital.

À suivre...

Sollicitée par mail, la direction de l'hôpital de Nevers n'a pas répondu à notre demande d'interview.

(1) source France Info

(2) source Journal du Centre