Un prix né d’un refus de l’abandon

Tout commence en 2012, quand l’association Lis le livre, basée à La Charité-sur-Loire, se dissout. La bibliothèque départementale soutenait déjà l’initiative ; sa disparition laisse un vide. « Ça nous faisait un petit peu mal au cœur de ne plus faire de prix de littérature jeunesse », confie Isabelle d’Arpiany. Dès 2013, l’équipe reprend le flambeau et structure un prix qui embrasse tous les âges, de 18 mois à 14 ans et plus.

7 000 participants : un élan qui ne se dément pas

Le chiffre dit tout : cette édition 2025-2026 a mobilisé 7 000 participants sur l’ensemble du département — soit plus du double des 3 000 pionniers du début. Parmi eux, 663 votants ont départagé les titres en lice. Le moteur de cette croissance ? Les enseignants eux-mêmes. « Les instituteurs, quand ils changent d’école, veulent refaire ce prix », souligne Catherine Battistutto. Une fidélité qui se transmet, d’une classe à l’autre, d’un village à l’autre.

Six livres, cinq catégories, un seul mot d’ordre : la qualité

La sélection ne doit rien au hasard. Un comité de lecteurs, bibliothécaires, libraires, spécialistes de la littérature jeunesse se réunit plusieurs fois dans l’année pour retenir six ouvrages par tranche d’âge, répartis en cinq catégories. Roman, bande dessinée, documentaire, album : toutes les formes de la littérature sont représentées, tout comme les horizons géographiques. Cette édition comptait notamment un titre traduit du finnois. « On essaie de montrer un panorama de l’édition française et étrangère d’aujourd’hui », précise Isabelle

Le livre et le corps : le choix du spectacle vivant

Après la proclamation du palmarès, place à Dans la nuit noire, spectacle de La Minoterie destiné aux maternelles. Un choix délibéré. « Raconter des histoires, c’est aussi les lire avec son corps », dit Catherine Battistutto. Ce lien entre lecture et vivant s’inscrit dans le dispositif national Première page, soutenu par la DRAC et le ministère de la Culture, qui place le tout-premier âge avant même la naissance au cœur de la politique de lecture publique. La soirée réserve une autre attention : une traduction en langue des signes française de la cérémonie, présentée en vidéo, marque l’engagement fort de l’équipe envers les publics sourds.

Moulins-Engilbert, commune-hôte et bibliothèque chouchoute

Pourquoi Moulins-Engilbert plutôt que Nevers ? « Notre travail n’aurait pas de sens si on ne venait pas ici, à 50 km de Varennes-Vauzelles », répond Isabelle Darpiani. La bibliothèque municipale, informatisée en 2025 avec l’appui de la départementale et animée par Stéphanie Bourdiau est citée avec une affection à peine dissimulée comme l’une des « bibliothèques chouchoutes » du réseau. Un ancrage territorial qui résume à lui seul la philosophie du service : aller au plus près des habitants, sur chaque portion du département.

Des enjeux qui dépassent largement le livre

Au fond, l’Échappée lecture est le reflet d’une ambition plus vaste. Dans des communes rurales comme Moulins-Engilbert, la bibliothèque est souvent le dernier service public ouvert, chauffé, accessible à tous, sans condition. « On y vient pour lire, mais aussi pour se rencontrer, chercher du travail, lire la presse, écouter de la musique », rappelle Isabelle d’Arpiany. À l’heure des fake news et des algorithmes, la bibliothèque se fait aussi école de l’esprit critique et de l’éducation aux médias. Et quand un stagiaire de troisième confie qu’il « adorait l’Échappée lecture quand il était petit », l’équipe sait que le pari est gagné.

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