Municipales à Nevers : comment les candidats tentent de mobiliser la jeunesse ?
Nevers et Nièvre · Par Théo L.V. ·Le lundi 19 janvier 2026 à 11h09 ·mis à jour le 19/01/2026 à 13:03
La campagne pour les élections municipales, qui se tiendront les 15 et 22 mars prochain, bat son plein à Nevers. Un enjeu reste central pour les candidats. Comment concerner les jeunes électeurs ? Contrairement à l'idée reçue d’une jeunesse dépolitisée, la réalité reste plus nuancée. Les 18-30 ans s’intéressent à la politique et s’engagent mais votent moins. Nous avons donc posé la question aux candidats à la mairie de Nevers : comment font-il pour intéresser les jeunes dans cette campagne électorale ? Quel est leur place dans leurs programmes et comment les inciter à aller voter ?
Les jeunes ne sont pas indifférents à la politique, plus de la moitié d’entre eux s’y déclarent intéressés. En revanche, cet intérêt s’accompagne d’une méfiance envers les responsables politiques, jugés peu représentatifs et peu à l’écoute. Un jugement qui explique en partie un abstentionnisme plus marqué. En revanche, la jeunesse participe activement à la vie citoyenne par d’autres moyens que le vote : manifestations, pétitions en ligne ou bénévolat associatif. Un engagement qui existe, donc, mais qui prend une forme différente. À l’approche des élections municipales, mobiliser cet électorat constitue donc un enjeu majeur pour les candidats.
À Nevers, la jeunesse est sur toutes les lèvres à l’approche du scrutin. Mais au-delà des discours, comment les candidats comptent-ils réellement intéresser les jeunes, leur donner une place dans leurs projets et surtout les convaincre d'aller glisser un bulletin dans l'urne ? Réseaux sociaux, emploi, confiance, démocratie directe... Tour d’horizon des réponses des 6 candidats (à la date de rédaction de cet article) en lice.
Maire sortant et candidat à sa succession, Denis Thuriot (Renaissance – Nevers à Venir) entend prolonger une méthode qu’il a jugée efficace par le passé, à savoir, l’implication directe des jeunes dans la campagne. Plutôt que de s’adresser à eux uniquement comme électeurs, il propose de les intégrer comme contributeurs à travers des groupes ouverts de jeunes volontaires, sans engagement partisan, des rencontres informelles hors des cadres politiques traditionnels. Coté communication, une forte présence sur les réseaux sociaux avec des contenus pensés et relayés par les jeunes eux-mêmes est mise en place. Témoignages, coulisses de la campagne, formats courts et spontanés pour illustrer une campagne plus accessible et plus proche des usages actuels. Des ateliers collaboratifs sont également envisagés, notamment à destination des jeunes actifs et porteurs de projets, pour faire émerger des propositions concrètes autour du logement, de la mobilité, de l’emploi et du cadre de vie.
Du côté de Wilfrid Séjeau (Union de la gauche – Demain, Nevers), la jeunesse est clairement présentée comme un pilier du projet politique à travers le programme comme l'équipe. Une soirée dédiée à la jeunesse et à la démocratie participative est organisée le 28 Janvier afin de réfléchir collectivement à la manière d’entendre les jeunes et de leur donner un réel pouvoir d’action dans la ville. Très présent sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, le collectif met aussi en avant une refonte des politiques publiques en direction des jeunes et notamment les écoles, les équipements sportifs et les espaces dédiés dans l’espace public. L’idée est de repenser la ville à hauteur d’enfants et de jeunes, et pas seulement de les intégrer dans des projets déjà conçus.
Pour Xavier Morel (Sans étiquette – Nevers avec vous), la question n’est pas seulement de convaincre les jeunes de voter, mais de leur redonner confiance dans la politique locale. Son message est clair : les jeunes ont peut-être moins d’expérience, mais ils ont l’envie d’agir, d’innover et d’entreprendre. Il souhaite les impliquer à toutes les étapes, de la campagne puis à l’action municipale par la communication, l'élaboration du programme et le lancement de projets pour eux. Contact direct, réseaux sociaux et relais via des médias suivis par la jeunesse complètent sa stratégie. Sur le fond, Xavier Morel évoque des thématiques précises comme la vie étudiante, l'accès à la culture, les transports, la santé, l'emploi, le mentorat et des budgets participatifs dédiés. Son ambition affichée est de « rajeunir » Nevers et d’en faire une ville où les jeunes se sentent considérés, écoutés et capables de construire leur avenir.
Amandine Boujlilat (Sans étiquette – Amandine pour Nevers) part d’un constat partagé par tous, l’abstentionnisme est particulièrement fort chez les jeunes. Pour y répondre, elle mise sur une campagne dynamique, accessible et volontairement décalée. Présence sur les réseaux prisés de la jeunnesse, comme TikTok et un ton parfois humoristique, sans renoncer au sérieux et au fond. L’objectif est de parler le même langage et de casser les codes classiques des campagnes municipales pour garder l'attention de ce public qui a besoin de tout très vite. Ayant travaillé sur les questions de jeunesse lors de ses précédents mandats, elle souhaite aborder directement les problématiques concrètes, rencontrées aujourd’hui par les jeunes, estimant que c’est sur ce terrain que peut se recréer l’intérêt pour le vote.
Pour Bruno Benchemakh (Union des droites – Cap Nevers), la mobilisation des jeunes passe d’abord par les outils de communication. L’équipe de campagne mise fortement sur les réseaux sociaux : Facebook et Instagram en tête, ainsi que sur un site internet destiné à diffuser le programme et les messages clés. Entouré de collaborateurs plus jeunes et plus à l’aise avec ces plateformes, le candidat veut adapter la forme du discours politique aux usages actuels. Mais au-delà de la communication, il insiste surtout sur un objectif fondamental : inciter les jeunes à aller voter. Selon lui, l’engagement commence par ce geste simple mais décisif, préalable à toute implication plus large dans la vie municipale.
Baptiste Dubost (Les Républicains – Nevers au coeur) défend une approche de terrain. Pour lui, il ne suffit pas de communiquer, il faut aussi aller vers les jeunes et les rencontrer dans leur quotidien. Bars, marchés, porte-à-porte, lieux de sorties culturelles, le plus jeune candidat de cette campagne insiste sur l’importance de la proximité générationnelle, estimant que les jeunes se confient plus facilement à quelqu’un qui partage leurs références et leurs préoccupations. Sur le fond, Baptiste Dubost concentre son discours sur l’absence de perspectives professionnelles à Nevers. Beaucoup souhaitent rester dans la Nièvre mais, selon lui, finissent par partir faute d’emploi adapté à leur formation. Attractivité économique, retour de l’industrie et soutien à l’installation d’entreprises, il lie directement participation électorale et capacité du territoire à offrir un avenir concret à sa jeunesse.
Une jeunesse très courtisée, mais qui reste à convaincre
Contrairement aux idées reçues, les jeunes ne sont pas désintéressés de la politique. C’est le constat dressé par un professeur de lycée, enseignant en histoire-géographie et enseignement moral et civique à Nevers, qui observe au quotidien le rapport de ses élèves à l’engagement citoyen. Selon lui, les jeunes s’impliquent autrement, ils se détournent des formes politiques traditionnelles, jugées trop institutionnelles et éloignées de leurs préoccupations, pour privilégier des engagements plus concrets et personnels, notamment autour des enjeux climatiques, écologiques et internationaux.
« Contrairement à ce qu’on pense, les jeunes sont très engagés, mais dans de nouvelles formes d’engagement. »
Inquiets face au monde dans lequel ils évoluent, ils ne perçoivent pas toujours la politique classique comme une réponse à leurs préoccupations, préférant s’investir dans des actions associatives ou de terrain. Très connectés aux réseaux sociaux, ils restent pourtant en quête de sens et de proximité, peinant à se reconnaître dans des discours abstraits ou des campagnes éléctorales peu adaptées à leurs codes. Pour ce professeur, l’enjeu est donc clair : les responsables politiques doivent aller à la rencontre des jeunes, adopter de nouveaux modes de communication et faire vivre de vrais débats dans les espaces qu’ils fréquentent, afin de transformer leur intérêt réel pour la politique en engagement durable.
« Les jeunes ne viendront pas à la politique, c’est à la politique d’aller chercher les jeunes. »
Si tous les candidats admettent l’importance de la jeunesse pour l’avenir de Nevers, leurs approches varient, avec une constante pour les médias digitaux. Tous défendent un besoin de proximité et de terrain ainsi l'importance de la confiance accordée aux jeunes eux-mêmes. Le vote en ligne, largement réclamé par les jeunes, apparaît alors comme une piste sérieuse pour renouer avec la participation et revitaliser la démocratie locale.
Reste une question centrale : ces intentions sauront-elles dépasser le stade du discours pour redonner aux jeunes l’envie de s’emparer de ces élections municipales ? La réponse viendra peut-être, dans les urnes.








