À peine le premier verre servi, la couleur donne le ton : fluide, lumineuse, vive. Le Beaujolais Nouveau ne cherche pas à se faire passer pour ce qu’il n’est pas. C’est un vin d’instant, d’échange, un vin d’apéritif. On dit souvent qu’il n’est « pas un grand vin » et c’est vrai. Mais il a cette force rare de déclencher des retrouvailles, de faire parler ceux qui n’avaient rien à se dire la veille, de réunir des amis qui se croisent uniquement « pour le Beaujolpif », comme certains s’amusent à l’appeler.

Un événement populaire

Ce qui frappe en discutant avec François, c’est que le Beaujolais Nouveau est devenu pour beaucoup un rendez-vous annuel presque sacré. À la Cave du Bengy, on croise des clients qui ne se retrouvent qu’une fois par an, précisément ce jour-là. Le Beaujolais Nouveau est leur point de repère, leur petit moment suspendu, une parenthèse chaleureuse qui lance la saison des fêtes. Forcément, du côté du caviste, la journée ressemble à un marathon jovial, une performance que peu de vins peuvent revendiquer.

« La qualité s’est énormément améliorée. À l’époque, il fallait faire beaucoup de volume, on perdait en finesse. Et puis, on avait beaucoup plus d’années compliquées.
Aujourd’hui, le soleil nous aide, même si le changement climatique risque d’être de plus en plus problématique. »

Bon ! On y va ?!

« On sent d’abord le vin : premier nez, deuxième nez, parfois un troisième.
Et on laisse le vin prendre l’air. »

François parle comme on transmet un rituel simple mais essentiel. En bouche, il évoque encore ce cocktail de fruits : groseille, framboise, fraise, parfois mûre.

« Chacun ressent quelque chose de différent, c’est normal. C’est le vin. »

Et côté cuisine alors ?

« Le Beaujolais Nouveau, c’est l’apéro. Charcuteries, grignotages… Il faut éviter les plats trop épicés qui écraseraient le vin. »

Au fil de la dégustation, une évidence revient , le Beaujolais Nouveau n’a jamais prétendu être un monument de complexité. Son rôle est ailleurs. Il incarne la convivialité, le partage et la tradition populaire. Il rassemble autour d’un verre léger, joyeux, souvent fruité, parfois étonnant mais toujours fédérateur.

Trois Beaujolais, trois personnalités

Nous avons goûté trois cuvées 2025, car nous sommes des reporters passionnés et très pros, et ce n’est pas juste commercial : c’est bien plus.

Jean-Yves Sonnery – La fraîcheur pour commencer

On ouvre la dégustation avec un vin léger, fruité, vif. Un Beaujolais dans sa version la plus classique, facile à boire, idéal pour lancer les festivités. Comme dirait François, le premier verre doit donner envie d’en prendre un deuxième, et ainsi de suite. Pas folle la guêpe.

Domaine Chassagne – Le coup de cœur, rond et généreux

Puis vient celui qui décroche le coup de cœur de la rédaction (c’est-à-dire moi).
Plus rond, plus gras, il offre une bouche étonnamment ample pour un Beaujolais Nouveau. On y retrouve une maturité qui lui permet d’accompagner une viande blanche ou une volaille sans rougir. Une belle surprise.

Lucien Lardy – Le costaud de la bande

La dernière bouteille annonce la couleur dès l’étiquette : le portrait du vigneron évoque furieusement Jean Gabin et, comme l’acteur, le vin a du caractère.
Plus corsé, plus charnu, à la robe nettement plus sombre, celui-ci ne cherche pas la légèreté mais l’intensité.

Le Beaujolais Nouveau n’a pas vocation à épater ou à rivaliser avec les grandes appellations. Il est là pour ouvrir la saison froide avec un peu de chaleur humaine et pour offrir un moment simple et partagé. À la Cave du Bengy, entre trois cuvées et quelques anecdotes d’anciens, il nous a rappelé que le plaisir ne réside pas toujours dans l’excellence, mais souvent dans le partage.