Opus Gothique : bâtir un rêve, pierre après pierre
Nevers et Nièvre · Par Théo L.V. ·Le jeudi 28 août 2025 à 17h58
À Saint-Léger-de-Fougeret, en plein cœur du Morvan, se dresse peu à peu un édifice hors du commun. Son nom, Opus Gothique. Plus qu’un chantier, c’est l’aventure d’une vie, initiée il y a plus de trente ans par un homme aujourd’hui âgé de 98 ans.
Le rêve d’un paléontologue
À l’origine de ce projet un peu fou, on retrouve Donald Russell, ancien chercheur en paléontologie au Muséum d’histoire naturelle de Paris. Après quarante ans de carrière, il se lance, à la retraite, dans ce qu’il appelle son « petit projet », bâtir un édifice inspiré du gothique rayonnant, celui du XIIIe siècle.
« Tous les éléments sont authentiques de la période, explique Jim Bishop, l’actuel coordinateur du chantier. « Donald a conçu son propre design, un hommage à l’architecture qu’il adorait. »
Une construction titanesque
Les fondations ont été posées en 2008. Seize ans plus tard, la moitié de l’édifice est sortie de terre. L’autre moitié devrait encore prendre plusieurs décennies.
9 000 pierres ont déjà été taillées à la main par Donald, dont 6 000 avant même l’achat du terrain. « Aujourd’hui encore, à 98 ans, il sculpte, tenace, humble et passionné », souligne Jim Bishop.
Un chantier collectif et pédagogique
Si Donald en est le concepteur, le chantier vit grâce à l’association Opus Gothique, créée en 2019. Elle fédère bénévoles et curieux, venus parfois du monde entier : « Depuis le début, nous avons accueilli plus de 350 bénévoles, venus de 43 pays différents. Et aujourd’hui, 80 % sont des femmes », raconte Jim.
Les volontaires participent à la taille de pierre, à la maçonnerie, ou encore, bientôt, à la préparation des tuiles de Bourgogne. L’idée c’est de transmettre des savoir-faire, mais aussi offrir une expérience humaine. « Poser une pierre dans un édifice qui va durer des siècles, ça fait quelque chose à l’intérieur », sourit-il.
Un “petit Guédelon” dans le Morvan
Difficile de ne pas penser au célèbre chantier médiéval de Guédelon. « C’est un petit Guédelon, dans l’esprit », reconnaît Jim Bishop. Le site, ouvert aux visites sur rendez-vous, propose déjà des ateliers et entend développer des stages pédagogiques, accueillant aussi bien des étudiants en architecture que des jeunes en recherche de repères.
Un avenir à bâtir
Financé d’abord par Donald lui-même, le projet vit désormais grâce aux dons et aux visites. L’association espère bientôt bénéficier de mécénat et de subventions publiques.
L’ambition ne manque pas car une charpente est à venir, un bain romain surmonté d’un dôme gothique, des ateliers de vitrail ou de céramique. Le chantier est encore long, mais il rayonne déjà par son audace.
« C’est un bâtisseur de rêves » insiste Jim. « L’édifice, une fois terminé, sera le symbole qu’on peut réaliser les nôtres. »
Au-delà des pierres et des arcs gothiques, Opus Gothique incarne surtout une aventure humaine, faite de passion, de transmission et, il faut le dire, d’un brin de folie. Dans le Morvan, ce chantier hors du temps rappelle qu’il est encore possible de bâtir pour les siècles à venir.








