Le Conservatoire du Jeu, gardien du patrimoine ludique

Avant de parler de cette nuit dédiée au jeu, il faut s’arrêter un instant sur le Conservatoire du Jeu lui-même. Fondé il y a 16 ans, ce n’est pas une simple association de passionnés, c’est un véritable conservatoire du patrimoine ludique. Son objectif est de préserver, restaurer et transmettre les jeux de toutes les époques.

« Nous entretenons une collection de plus de 15 000 pièces », explique Daoud, président du Conservatoire. « On récupère des jeux anciens ou récents, on les restaure, on les complète, et on les conserve dans l’idée de les transmettre aux générations futures. »
Derrière les chiffres, il y a surtout une mission, sauvegarder la mémoire du jeu. La collection comprend des jeux de société, des jeux vidéo, des ouvrages de jeux de rôle, une bibliothèque dédiée à la culture ludique et même des collections de cartes à collectionner.

Le travail de restauration n’a rien d’anodin. « Pour reconstituer une boîte complète d’un jeu ancien, il faut souvent en trouver trois exemplaires », précise Daoud. « On fait un assemblage à partir de plusieurs pour obtenir une boîte en bon état, complète et fidèle à l’originale. »
Ajoutez à cela des contraintes de température, d’humidité et de conservation, et vous obtenez un véritable travail d’orfèvre.

 Le rêve d’un musée du jeu

À terme, l’association souhaite franchir une étape supplémentaire, ouvrir un musée du jeu.
Un projet ambitieux, soutenu par le ministère de la Culture, mais qui demande encore du temps.
« On travaille sur ce dossier depuis trois ans. C’est un projet à long terme, probablement sur cinq à dix ans », confie Daoud.

L’idée est de faire reconnaître le jeu comme un patrimoine culturel à part entière, au même titre que la musique, le cinéma ou la littérature.
« Si l’État reconnaissait le jeu comme patrimoine, cela permettrait de rendre la collection inaliénable, autrement dit, impossible à vendre ou à disperser. Ce serait un vrai pas en avant pour la culture ludique. »

En attendant, le Conservatoire continue de faire vivre sa collection sur le territoire, notamment à travers ses événements et ses expositions itinérantes.

Des perles rares qui racontent notre société

Parmi les 15 000 jeux conservés, certains sont de véritables trésors d’histoire.
« On a par exemple un jeu sorti à la fin des années 60 sur le thème de Mai 68 », raconte Daoud. « À l’époque, c’était un jeu satirique, édité presque à chaud. Quand on le remet dans son contexte, il raconte beaucoup de choses sur la société de l’époque. »

D’autres pièces sont devenues cultes pour d’autres raisons, comme le premier jeu sous licence Tintin, édité dans les années 60. « C’est le tout premier jeu à licence de l’histoire. C’est à la fois rare et symbolique ». Un exemple de pop-culture. 

Le Conservatoire conserve aussi des jeux bien plus anciens, certains datant de la fin du XIXe siècle, voire d’avant et là, c’est tout un pan de la société qui se révèle :
« Certains jeux dits “innocents” du XVIIIe siècle, comme le colin-maillard, servaient à permettre aux jeunes aristocrates de se toucher. C’était la seule occasion socialement admise ! » s’amuse Daoud.
Preuve que le jeu, bien au-delà du divertissement, a toujours eu un rôle social, culturel et symbolique.

La Nuit du Jeu, un rendez-vous intergénérationnel

Revenons à l’événement phare, la Nuit du Jeu.
Depuis neuf ans, le Conservatoire du Jeu organise cette grande soirée ludique ouverte à tous.
Le 1er novembre, de 16h à minuit, la salle des Eduens accueillera des centaines de joueurs autour d’un seul mot d’ordre, jouer ensemble.

L’an dernier, l’événement avait accueilli plus de 300 participants. Cette année, les organisateurs s’attendent à un succès équivalent.
« On a vu la fréquentation tripler en dix ans », se réjouit Daoud. « Et ce qui nous touche, c’est de voir que certaines familles reviennent chaque année, avec les enfants qui grandissent. »

Sur place, le public trouvera :

Entre 150 et 200 jeux de plateau, sélectionnés pour leur diversité et leur accessibilité ;
Près de 80 jeux traditionnels en bois 
Des jeux vidéo rétro, pour les nostalgiques des consoles d’antan ;
Des tournois et animations animés par une équipe d’animateurs passionnés.
Tout au long de la soirée, plusieurs temps forts viendront rythmer l’événement.
Dès 18h, des initiations permettront au public de découvrir une sélection de jeux récents et primés, comme Odin, dernier lauréat du prix As d’Or.
Les plus compétitifs pourront participer à un tournoi de Carcassonne, grand classique du jeu de stratégie, ou encore au tournoi de billard hollandais organisé de manière libre et détendue.

« On ne veut pas que les gens se sentent bloqués dans un tournoi. L’idée, c’est de jouer, de tester, de s’amuser. Le tournoi du billard, par exemple, se fait sur inscription libre, et la meilleure performance de la soirée gagne un lot. »

Et puisque jouer donne soif, une buvette sera installée sur place. « C’est grâce à la buvette qu’on finance l’événement suivant », précise Daoud.

L’entrée de la Nuit du Jeu reste très abordable,  2 euros par personne et gratuite pour les moins de 12 ans.
« On tenait à rester accessibles. Ces 2 euros ne couvrent que la location de la salle. Le jeu doit rester un plaisir simple et ouvert à tous », insiste Daoud.

Une fois à l’intérieur, toutes les activités sont gratuites, tournois, initiations, jeux en libre accès, tout est compris.

En route vers les 10 ans !

L’édition 2025 marquera donc la neuvième Nuit du Jeu, juste avant un anniversaire symbolique.
« L’année prochaine, on fêtera nos dix ans, et on prépare déjà quelque chose de spécial », confie Daoud, sans en dire plus.
Une décennie d’événements ludiques, de rencontres et de passion, ça se célèbre et à Nevers, on sait déjà que le dé n’a pas fini de rouler. 

Infos pratiques:
Samedi 1er novembre 2025, de 16h à minuit
Salle des Eduens, Nevers
Entrée : 2 € (gratuite pour les moins de 12 ans)