Grève des médecins libéraux : dix jours de mobilisation nationale qui bouleversent l’accès aux soins
Société · Par Antoine Lazare ·Le lundi 5 janvier 2026 à 11h27
Photo : Ursula Page / AS
À compter de ce lundi 5 janvier 2026, les médecins libéraux français engagent une grève d’une ampleur inédite, appelée à durer dix jours. Cabinets fermés, opérations reportées et manifestations annoncées marquent un mouvement très suivi, né d’un profond malaise face aux orientations du budget de la Sécurité sociale et aux réformes en cours. Le gouvernement se prépare de son côté à garantir la continuité des soins, y compris par des réquisitions.
Une mobilisation nationale dès le 5 janvier
La grève des médecins libéraux a débuté lundi 5 janvier 2026 pour une durée annoncée de dix jours, jusqu’au jeudi 15 janvier. Le mouvement concerne l’ensemble de la médecine de ville, généralistes et spécialistes confondus, ainsi que de nombreux praticiens exerçant en cliniques privées. Dans de nombreux territoires, les cabinets médicaux sont fermés ou fonctionnent en service très dégradé, tandis que des interventions programmées sont reportées.
Les organisations syndicales à l’origine de l’appel évoquent une mobilisation exceptionnelle par son ampleur et sa durée. Elles soulignent une participation massive, rarement observée dans la profession, traduisant un mécontentement profond et partagé.
Les raisons d’un malaise durable
Au cœur de la contestation figurent plusieurs mesures inscrites dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, adoptée mi décembre. Les syndicats dénoncent une accumulation de contraintes administratives et économiques qui, selon eux, fragilisent l’exercice libéral. Sont notamment pointés du doigt le renforcement des contrôles sur les prescriptions et les arrêts de travail, la pression sur les tarifs médicaux ainsi que des projets touchant à la liberté d’installation.
Pour les médecins mobilisés, ces orientations risquent d’aggraver la pénurie médicale dans certains territoires et de détériorer l’attractivité de la médecine de ville. Plusieurs responsables syndicaux estiment que les réformes engagées répondent avant tout à des objectifs budgétaires, au détriment de la qualité des soins et des conditions de travail.
Une participation massive selon les syndicats
La Confédération des syndicats médicaux français indique qu’environ 85 pour cent de ses adhérents ont déclaré leur intention de participer au mouvement. Plus de 14 500 médecins se seraient officiellement inscrits comme grévistes dès les premiers jours. Dans le secteur privé, les syndicats avancent que jusqu’à 80 pour cent des blocs opératoires pourraient être fermés ponctuellement durant la mobilisation, en dehors des urgences vitales.
Ces chiffres sont difficiles à vérifier de manière indépendante mais ils illustrent l’ampleur revendiquée du mouvement, qui touche aussi bien les grandes métropoles que les zones rurales.
Le gouvernement prêt à réquisitionner
Face aux perturbations attendues, le gouvernement affirme vouloir garantir l’accès aux soins essentiels. La ministre de la Santé a indiqué que des dispositifs spécifiques avaient été mis en place avec les agences régionales de santé afin d’assurer la permanence des soins, en particulier pour les urgences et les patients les plus fragiles.
Elle a également averti que des réquisitions pourraient être décidées localement si la situation l’exigeait. Cette possibilité, prévue par la loi, suscite une vive opposition des syndicats médicaux, qui y voient une réponse coercitive à un malaise structurel.
Manifestations et suites du mouvement
Au-delà de la fermeture des cabinets, la mobilisation s’accompagne de rassemblements et d’actions symboliques. Une manifestation nationale est prévue à Paris le samedi 10 janvier, point central de cette grève de dix jours. Dans certaines régions, le mouvement s’organise par phases, avec une implication progressive des différentes spécialités.
Les syndicats affirment vouloir maintenir la pression tant qu’aucune réponse politique jugée satisfaisante ne sera apportée. Ils appellent à une concertation en profondeur sur l’avenir de la médecine libérale et le financement du système de santé.
Un conflit révélateur de tensions plus larges
Cette grève s’inscrit dans un contexte plus général de crispation entre les pouvoirs publics et les professionnels de santé. Depuis plusieurs mois, les médecins alertent sur la dégradation de leurs conditions d’exercice, la surcharge administrative et les difficultés croissantes d’accès aux soins pour la population.
Pour les organisations mobilisées, le mouvement en cours dépasse les revendications immédiates. Il vise à alerter sur l’équilibre même du système de soins de ville et sur la place accordée aux médecins libéraux dans les politiques de santé publiques.








