Pourquoi cette Coupe du monde ne ressemble à aucune autre
Le coup d'envoi est donné ce jeudi. Mexique - Afrique du Sud au stade Aztèque, cérémonie d'ouverture, stars internationales et 104 matchs que Gianni Infantino promet aussi spectaculaires que des « Super Bowls ». Sur le papier, c'est la fête du football. Dans la réalité, l'ambiance est un peu moins festive.
Cette Coupe du monde 2026 se déroule au cœur d'un climat géopolitique particulièrement tendu. Trois pays organisateurs, les États-Unis, le Mexique et le Canada, ont passé une bonne partie des derniers mois à se lancer quelques amabilités diplomatiques. Le président américain a, entre autres, multiplié les droits de douane contre ses voisins. Et au milieu de tout ça, quarante-huit sélections censées simplement jouer au football.
Le casse-tête iranien
Le cas le plus révélateur de cette édition concerne l'Iran. La Team Melli devait initialement établir son camp de base à Tucson, en Arizona. Finalement, la sélection s'est installée à Tijuana, au Mexique. La raison ? Les autorités américaines ont refusé plusieurs visas de longue durée.
Les joueurs, eux, ont bien obtenu les documents nécessaires pour participer à la compétition. Mais une quinzaine d'accompagnateurs sont restés sur le carreau, parmi lesquels le président de la fédération iranienne, ancien membre des Gardiens de la révolution, organisation considérée comme terroriste par Washington.
Et l'Iran est loin d'être un cas isolé.
Un arbitre somalien a été refoulé à son arrivée aux États-Unis malgré un visa valide, en raison des restrictions d'entrée visant certains ressortissants étrangers. L'attaquant irakien Aymen Hussein, lui, a été retenu près de sept heures à l'aéroport de Chicago avant de pouvoir rejoindre sa sélection. Bienvenue au pays du rêve américain !
Le football a toujours été politique
Ce qui est presque amusant, c'est que certains semblent découvrir aujourd'hui que le football et la politique font parfois équipe. La Coupe du monde n'a jamais été une simple compétition de football. De l'Italie de Mussolini en 1934 à l'Argentine de Videla en 1978, en passant par les Jeux olympiques de Pékin en 2008, les grands événements sportifs ont toujours servi d'outils de prestige et d'influence. La nouveauté n'est donc pas la politique.
La nouveauté, c'est peut-être le niveau de tension qui entoure le tournoi.
Plusieurs sociologues du sport soulignent le caractère inédit de cette édition : trois pays coorganisateurs aux relations parfois compliquées, un contexte international particulièrement tendu et des questions diplomatiques qui occupent presque autant d'espace médiatique que le football lui-même. Et à quelques jours du coup d'envoi, c'est déjà le cas.
Infantino et son encombrant voisin
Une scène résume assez bien l'époque. La FIFA a créé un Prix pour la paix, une distinction qui n'existait pas auparavant et l'a attribué à Donald Trump. (mdr)
Pour certains observateurs, il s'agit d'une prise de position politique assumée de la part d'une organisation qui revendique pourtant sa neutralité. Pour d'autres, c'est surtout le symbole d'une gouvernance où les contre-pouvoirs semblent de plus en plus faibles. Le paradoxe est d'autant plus frappant que Gianni Infantino avait promis, après le scandale du FIFA Gate, davantage de transparence et une meilleure gouvernance. Certaines réformes ont bien été mises en place. Mais de nombreux spécialistes estiment que les changements culturels attendus n'ont jamais vraiment suivi.
L'attribution de la Coupe du monde 2034 à l'Arabie saoudite en est souvent citée comme l'exemple le plus parlant : une annonce sur les réseaux sociaux, suivie d'un vote à distance et par acclamation lors d'un congrès de la FIFA.
On a déjà vu plus convaincant comme démonstration de démocratie sportive.
Et pourtant, on va regarder
C'est sans doute là que réside toute la contradiction. En 2022, avant le Mondial au Qatar, les appels au boycott étaient nombreux. Au final, les stades étaient pleins, les audiences records et le football a continué sa route. Rien n'indique que le scénario sera différent cette fois-ci.
Certes, moins d'un tiers des Américains disent s'intéresser à la compétition selon les premiers sondages. Mais partout ailleurs, des centaines de millions de personnes seront devant leur écran. Parce qu'il y a Lionel Messi. Parce qu'il y a Kylian Mbappé. Bref.
Parce qu'il y a 48 équipes et qu'une bonne partie de la planète se sent concernée.
Le football reste l'un des plus puissants vecteurs d'identité collective au monde. Une qualification à la Coupe du monde peut encore provoquer un immense sentiment de fierté nationale, parfois bien au-delà du sport.
C'est cette tension permanente entre politique, économie, diplomatie et émotion populaire qui rend le football si fascinant. Ou, pour le dire plus simplement :
Cette Coupe du monde ressemble au plus grand spectacle de la planète, organisé dans l'un des contextes diplomatiques les plus chaotiques de ces dernières années.
Et malgré tout, à partir de jeudi, on sera devant nos écrans. Allez les Bleus !








