High School Radical, de Max Laulom : retour au pays de Donald
Société · Par Johan Boulet ·Le mardi 25 novembre 2025 à 14h54 ·mis à jour le 25/11/2025 à 16:00
© Max Laulom
En 2014, Max Laulom passe une année scolaire aux États-Unis. Deux ans plus tard, Donald Trump est élu président. Dix ans plus tard, Max retourne sur le sol américain, hanté par une question : pourquoi ses anciens camarades ont-ils basculé du côté de Trump ? Sa tentative de réponse se déploie en quatre épisodes de vingt minutes, dressant en creux le portrait d’une Amérique fracturée.
Comme Frederick Wiseman dans High School (1968) avait exploré l’ombre du Vietnam et de l’assassinat de Martin Luther King dans un lycée tranquille, Max Laulom observe une école et une ville où la radicalisation trumpiste est devenue banale. Son titre, High School Radical, clin d’œil à High School Musical, souligne l’incompréhension de cette vague rouge qui a balayé Hillary Clinton en 2016. Dix ans après son échange scolaire, il revient à Owasso, Oklahoma, pour retrouver ses anciens amis et comprendre comment ils en sont arrivés là.
Au-delà de la politique, la série est un roman d’apprentissage nostalgique. Les archives personnelles de Max rappellent la culture adolescente des années 2010 : tee-shirts Hollister, Vine, premiers iPhone, premiers influenceurs… autant de témoins d’une époque post-Internet où tout allait très vite. Mais l’Oklahoma, bastion républicain, n’a jamais été le New York qu’il imaginait.
Le premier épisode explore l’adolescence en décombres : entre rires, fêtes et insouciance, Max questionne la naïveté de ses idéaux passés. Les tornades locales deviennent métaphore d’une tempête Trump à venir.
Dans les épisodes suivants, il conjugue passé et présent : ses rencontres avec anciens camarades et famille d’accueil révèlent la polarisation américaine, la peur du déclassement et la fascination pour le marketing politique de Trump. La crise pétrolière, la pandémie de Covid-19, la perte de logements : autant de raisons économiques qui expliquent, en partie, l’adhésion à un président conservateur et populiste.
Max Laulom évite la confrontation directe et le jugement moral. Il laisse ses interlocuteurs s’exprimer, exposant la désillusion et la radicalisation d’une génération. Parallèlement, il montre l’efficacité redoutable de Trump en tant qu’influenceur politique, exploitant les relations parasociales et les fractures sociales pour consolider son pouvoir. Les victimes collatérales sont visibles : amis en situation irrégulière, jeunes marginalisés, citoyens déçus par le système.
Finalement, Max ne retrouve pas l’espoir qu’il était parti chercher. Son documentaire est une lucide réflexion sur le rêve américain fracassé, une exploration de la radicalisation et de la polarisation. Son voyage se termine à New York, récemment dirigée par le jeune maire Zohran Mamdani, figure d’un nouvel espoir socialiste, contraste frappant avec l’Amérique trumpisée qu’il vient de quitter.
High School Radical est une série documentaire fascinante, qui tend un miroir amer sur l’Amérique… et sur le monde d’aujourd’hui.








