La fin de la FM et le déclin de la radio linéaire : un tournant culturel et technologique
Société · Par Antoine Lazare ·Le lundi 25 août 2025 à 13h30
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C’est un geste familier, presque instinctif : tourner le bouton d’un poste de radio, capter une fréquence FM et se laisser surprendre par une chanson ou une voix. Pourtant, cette expérience, qui a accompagné plusieurs générations de Français, vit ses dernières années. D’ici à 2033, la bande FM aura disparu au profit du numérique. Et dans le même temps, c’est tout le modèle de la radio linéaire, écoutée en direct, qui s’effrite face aux podcasts et aux plateformes de streaming.
La FM, bientôt un souvenir
Lancée dans les années 1950, la FM a longtemps été le symbole de la radio moderne. Plus claire que l’AM, plus proche des auditeurs, elle a permis l’explosion des radios libres, puis l’essor des grands réseaux musicaux et généralistes. Mais aujourd’hui, son destin est scellé.
Le plan de l’Arcom est clair : après une phase de préparation jusqu’en 2027 pour généraliser le DAB+ (radio numérique terrestre), la période 2028-2033 marquera la migration. Les fréquences libérées ne seront plus réattribuées et la FM s’éteindra progressivement. Certaines radios ont déjà franchi le pas : Divergence FM, à Montpellier, a abandonné la bande analogique dès janvier 2025, et Mouv’, la radio jeune de Radio France, a annoncé qu’elle ne diffuserait bientôt plus qu’en streaming.
Un média qui perd de sa puissance
La fin de la FM coïncide avec une autre réalité : la radio linéaire attire de moins en moins. Selon Médiamétrie, l’audience cumulée de la radio est tombée à 67,5 % à la rentrée 2024, contre plus de 70 % dix ans plus tôt. Le direct reste puissant le matin, notamment pour l’information, mais perd de son influence le reste de la journée.
Les grandes stations généralistes conservent leur public, France Inter, par exemple, réunit encore plus de 7 millions d’auditeurs quotidiens, mais la tendance est à l’érosion, surtout chez les jeunes. Ceux-ci se détournent des grilles fixes et des rendez-vous imposés. Une statistique illustre cette bascule : près de 40 % des moins de 35 ans déclarent n’écouter la radio qu’à travers des podcasts.
Le boom des podcasts
Car c’est bien là que se joue l’avenir de l’audio : dans l’écoute à la demande. En France, 44 % de la population consomme des podcasts, et l’on compte en moyenne plus de 130 millions d’écoutes ou téléchargements par mois. Radio France, pionnière sur ce terrain, bat régulièrement ses propres records, avec plus de 80 millions d’écoutes à la demande enregistrées en mars 2025.
Les usages se structurent : les formats courts (moins de 15 minutes) dominent, l’écoute se fait souvent dans les transports ou pendant des moments de pause, et les jeunes adultes, particulièrement, en font une habitude régulière. La radio linéaire se voit ainsi concurrencée sur son propre terrain : informer, divertir, accompagner – mais désormais au moment choisi par l’auditeur.
Entre nostalgie et renouveau
La fin de la FM et l’affaiblissement du direct marquent la fin d’une époque. Celle où l’on tombait par hasard sur une chanson, celle où l’on attendait son émission favorite à heure fixe. Mais ce basculement ne signe pas la mort de la radio. Il annonce plutôt sa métamorphose.
Demain, l’audio sera hybride : du direct pour les grands rendez-vous, les flashs d’info ou les événements en temps réel ; du non-linéaire pour approfondir, réécouter, découvrir. La magie du bouton FM s’effacera peu à peu, mais la voix, elle, continuera d’accompagner les auditeurs, simplement sur d’autres supports, avec d’autres habitudes.








