Loi d'urgence agricole : l'Assemblée adopte un texte controversé, entre satisfaction et accusations de « passage en force »
Société · Antoine Lazare ·Le
Photo : AS
L'Assemblée nationale a adopté, dans la nuit de lundi à mardi, le projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, par 296 voix contre 224. Ce vote, obtenu après une séance particulièrement tendue, marque une étape clé pour un texte qui doit encore passer devant le Sénat pour une adoption définitive attendue mardi.
Le projet de loi s'articule autour d'un triptyque présenté par ses promoteurs comme « libérer, protéger, construire », censé répondre aux difficultés du monde agricole. Il est soutenu par le Rassemblement national, la droite et une partie du centre. Mais c'est une disposition en particulier qui cristallise les tensions : celle qui permet de réintroduire, à titre dérogatoire, deux pesticides interdits en France mais autorisés ailleurs en Europe, dont l'acétamipride, un insecticide néonicotinoïde.
Cette mesure a provoqué une fracture jusqu'au sein même du gouvernement. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, avait fait de l'interdiction de l'acétamipride une véritable « ligne rouge » et s'était personnellement opposée au texte. Après le vote, elle devait être reçue ce mardi midi par le Premier ministre à Matignon, un rendez-vous scruté de près tant les divergences entre l'exécutif et une partie de sa majorité ont été rendues publiques ces derniers jours. Un compromis entre parlementaires avait pourtant été trouvé au préalable, mais son avenir restait jugé incertain avant même le vote final.
Les réactions politiques illustrent l'ampleur des clivages. Annie Genevard, ministre de l'Agriculture, s'est dite « très satisfaite » de l'adoption du texte, qu'elle défend comme une réponse nécessaire aux difficultés des agriculteurs. À l'inverse, Agnès Pannier-Runacher a dénoncé un « passage en force », symbole des tensions internes à la majorité présidentielle sur ce dossier sensible.
À gauche et chez les écologistes, l'opposition est plus frontale. Le député écologiste Benoît Biteau a salué le rôle de Monique Barbut, qu'il considère comme un relais des « éclairages scientifiques et des attentes sociétales » face à un texte jugé dangereux pour l'environnement et la santé publique. La France insoumise va plus loin : par la voix de la députée Aurélie Trouvé, le mouvement a annoncé son intention de déposer un recours devant le Conseil constitutionnel contre la loi, contestant notamment sa conformité avec les principes constitutionnels de protection de l'environnement.
Ce texte, qui doit encore franchir l'étape du Sénat, aura donc mis en lumière les profondes divisions qui traversent aussi bien la classe politique que le gouvernement lui-même, entre impératifs économiques pour le monde agricole et préoccupations environnementales et sanitaires portées par une partie de l'opposition et certains membres de l'exécutif.








