Mort de Jean Pormanove : les streamers Naruto et Safine condamnés, la fin d'un cauchemar filmé en direct
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Société · Antoine Lazare ·Le
Des claques, des coups de fouet, des humiliations à répétition, filmés et diffusés à des milliers de personnes jusqu'à la mort d'un homme en direct : c'est ce cauchemar que le tribunal correctionnel de Nice a jugé, avant de rendre son verdict ce mercredi 5 août.
Owen Cenazandotti, alias « Naruto », et Safine Hamadi, alias « Safine », ont été reconnus coupables de violences en réunion, abus de faiblesse, diffusion d'images violentes et provocation à la haine ou à la violence. Le tribunal les a condamnés à de la prison avec sursis : deux ans pour Naruto, dix-huit mois pour Safine. À cela s'ajoutent des amendes comprises entre 5 000 et 15 000 euros, ainsi qu'une peine inédite en France, un « bannissement numérique » de six mois, qui leur interdit d'exercer toute activité sur les réseaux sociaux pendant cette durée.
Retour sur une affaire qui a bouleversé la France en plein été 2025. Raphaël Graven, connu sous le pseudo Jean Pormanove, participait depuis des mois à des lives sur la plateforme de streaming Kick, aux côtés d'autres créateurs de contenu, dont Naruto et Safine. Sur cette chaîne, les mises en scène violentes faisaient partie du programme quotidien : gifles, humiliations, coups de fouet, brimades diverses, le tout filmé pendant de longues heures et regardé par un public nombreux. En août 2025, Jean Pormanove est mort en plein direct, sous les yeux de ceux qui suivaient le stream. Une autre victime, Stéphane G., alias « Coudoux », a également été reconnue dans cette procédure, visée elle aussi par les violences examinées par la justice.
L'affaire, jugée depuis début juillet devant le tribunal correctionnel de Nice, a posé une question qui dépasse largement le cadre judiciaire local : jusqu'où peut aller le divertissement en ligne quand la souffrance d'une personne devient le spectacle ? Le procès a mis en lumière les mécanismes d'un système où l'audience et les revenus liés au streaming pouvaient inciter à multiplier les mises en scène toujours plus extrêmes, au détriment de participants parfois vulnérables, comme l'évoque l'accusation d'abus de faiblesse retenue contre les deux prévenus.
Le « bannissement numérique » prononcé par la justice marque une étape inédite. Jamais une décision de ce type n'avait été rendue en France dans une affaire liée au streaming. Concrètement, Naruto et Safine ne pourront plus publier ni animer de contenus sur les réseaux sociaux ni sur les plateformes de streaming pendant six mois, une sanction qui vise directement leur activité professionnelle et leur exposition publique, plutôt que de se limiter à une peine classique.
Cette décision intervient alors que les autorités et les plateformes numériques sont scrutées de près sur leur responsabilité face à la diffusion de contenus violents. Des associations de protection de l'enfance et de lutte contre le cyberharcèlement suivaient également ce dossier de près, tant il interroge la régulation des lives, souvent diffusés sans filtre ni modération suffisante, devant un public parfois très jeune.
Le verdict rendu à Nice ne clôt pas totalement le débat. Il relance au contraire la question de l'encadrement légal du streaming en France, et de la responsabilité des plateformes qui hébergent ce genre de contenus. Reste à savoir si cette première judiciaire, avec sa peine inédite de bannissement numérique, servira de référence pour de futures affaires similaires.
Des claques, des coups de fouet, des humiliations diffusées en direct : ce ne sont plus des images sur un écran, mais des faits jugés et sanctionnés par la justice. L'histoire de Jean Pormanove restera comme celle d'un homme mort sous les yeux de milliers de spectateurs, et d'un verdict qui tente, tant bien que mal, de tirer les leçons d'un drame filmé jusqu'au bout.








