Rencontre avec une avocate à la voix douce mais aux convictions fortes. 

Quand la vocation se construit

« Je n'étais pas du tout partie pour être avocate », raconte-t-elle avec un sourire. Elle se voyait plutôt magistrate, « de l'autre côté de la barre ». Mais les hasards de la pratique ont façonné une vocation. « Finalement, ce métier, c'est exactement ce qui me correspond. »

L'aveu est simple, presque pudique. Pourtant, derrière, il y a des années d'apprentissage cabossées par des stages « difficiles », une collaboration « qui s'est très mal passée » et cette conviction forgée au fil de l'expérience, que pour exercer à sa manière, elle devait voler de ses propres ailes.

L'affaire qui hante

De tous les dossiers qu'elle a défendus, un reste gravé dans sa mémoire. Elle l'appelle, avec tendresse, « celui de ses clients chouchous ». Deux ans de procédure, d'attente, de veille d'audience passée à « préparer une semaine entière », pour défendre un père face à une décision qu'elle considère comme une aberration.

« Je défends un papa qui se plaignait des violences de la mère sur leur fils », explique-t-elle. « Et au lieu d'obtenir un changement de résidence, ses droits ont été réduits. »

Pendant dix mois, ce père n'a pas vu son enfant. Rhita décrit alors une « saga judiciaire », une succession d'appels et de recours pour faire reconnaître ce qu'elle estime être une erreur. « La justice est faillible, elle peut se tromper. Mais à ce point-là, c'était invraisemblable. »

Cette affaire, plus qu'aucune autre, a bouleversé sa manière d'exercer. Elle lui a appris qu'il y a des dossiers « qu'on n'arrive pas à laisser au bureau », des affaires qui s'invitent dans les soirées et les insomnies qu'elle provoque. Mais elle lui a aussi rappelé l'importance d'une relation singulière avec le client. 

« En se battant de façon acharnée, on peut parfois renverser la balance, mais ça demande beaucoup de temps, beaucoup de patience et la confiance indéfectible des personnes qu'on défend. »

Le mirage de la médiation

Avec son franc-parler, Rhita ne cache pas son scepticisme face à l'engouement politique pour la médiation familiale ou pénale. « On ne peut pas forcer les gens à s'entendre. » Dans son cabinet, elle dit savoir « au bout de quelques semaines » si une affaire peut aboutir à un accord amiable ou si elle doit se résoudre devant un juge.

Ce qu'elle dénonce, c'est l'illusion entretenue par les pouvoirs publics, faire de l'amiable un remède miracle aux maux de la justice. « Le politique essaie de cacher ses lacunes en termes de moyens humains. On est l'un des pays les moins bien dotés d'Europe. Confier à la médiation ce que la justice devrait trancher, c'est risquer de créer une justice privée et donc inégalitaire. »

Pour elle, la question n'est pas d'opposer procès et médiation, mais de reconnaître leurs limites. « L'amiable, c'est super quand ça fonctionne et quand tout le monde fait preuve d'intelligence. Mais ce n'est pas toujours le cas. »

Les hommes et la société

Au fil des années, Rhita a développé un regard aigu sur la société française, nourri par l'intimité des histoires qu'on lui confie. Le constat, elle le formule avec une étonnante douceur. 

« Les gens individuellement sont profondément bons, toujours touchants, admirables dans la manière dont ils essaient de faire leur vie du mieux qu'ils peuvent. Mais collectivement, la société est assez violente. »

Cette violence n'est pas toujours visible, mais elle s'infiltre dans les familles, les finances, les émotions. Elle pèse sur les épaules de ceux qui n'ont pas « les armes pour affronter cette lourdeur », dit-elle. Parfois, l'avocate doit se résoudre à poser des limites. « On n'est pas psychologues, même si on nous demande souvent de l'être. On doit rester dans notre domaine de compétences, tout en voyant la souffrance qui déborde. »

Dans le Morvan, un autre souffle

Ici, dans ce coin de Bourgogne Rhita retrouve une autre forme de droit, plus concret, plus proche de la terre. Des successions agricoles, des litiges de voisinage, des histoires qui rappellent son enfance, en Alsace.

Son regard est lucide sur les failles du système, mais il reste habité par une conviction profonde. Derrière chaque dossier, il y a des vies, des espoirs, parfois des réparations possibles. Le droit n'est pas qu'une machine à juger.  

Et si la justice reste parfois injuste, Rhita Wirth veut croire que certains combats valent d'être menés. Jusqu'au bout. Dans le tumulte des tribunaux et face à la rigueur des lois, Rhita Wirth rappelle que derrière chaque dossier, il y a des vies, des espoirs, des blessures et des réconciliations possibles. Entre Paris et le Morvan, elle conjugue le droit avec l'humanité, la ténacité avec la bienveillance, et fait de sa vocation un véritable engagement envers ceux qu'elle défend. 

Rhita Wirth, à travers sa parole, rappelle que derrière chaque dossier, il y a des vies, des espoirs, et parfois des réparations possibles. Le droit n'est pas qu'une machine à juger, c'est aussi un lieu où se jouent des fragments de nos existences. À travers son regard, c'est toute la complexité et la beauté de l'humain que nous entrevoyons.