Un influenceur mexicain assassiné en direct sur TikTok
Photo : compte TikTok de César Gastelum
Société · Antoine Lazare ·Le ·
Une notification, un pouce qui glisse, un live qui commence comme des milliers d'autres. Puis un bruit sec, un corps qui s'effondre, et des centaines de milliers d'abonnés qui viennent d'assister, en temps réel, à un meurtre. César Gastelum avait 25 ans. Il n'aura pas fini son défi.
Mardi 4 août au soir, dans l'État de Sinaloa, au nord-ouest du Mexique, ce créateur de contenu suivi par 600 000, filmait un direct TikTok devant un restaurant. Le concept, popularisé par une partie de la scène d'influence locale, consistait à se déguiser en livreur de repas avec deux amis, dans le cadre d'un défi filmé. Rien de bien différent, sur le papier, des dizaines de vidéos que Gastelum publiait habituellement.
Selon les récits, une moto s'est arrêtée à hauteur du groupe. Deux individus casqués s'y trouvaient. Le conducteur a sorti une arme et tiré à bout portant, atteignant l'influenceur d'une balle dans la tête, avant que les deux hommes ne prennent la fuite dans la circulation. La scène, captée par la caméra du téléphone, a été vue en direct par une partie de son audience, avant que les images ne circulent largement sur les réseaux sociaux dans les heures suivantes.
Les sources divergent légèrement sur des détails secondaires : certaines évoquent un jeune homme de 24 ans, d'autres parlent de 25 ans ; cela n'entame en rien la brutalité du fait central : un homme a été exécuté en pleine rue, en direct, devant des inconnus et devant sa propre communauté en ligne.
À l'heure de la publication des premiers articles, aucun suspect n'avait été interpellé. Les autorités de Sinaloa n'ont pas communiqué de mobile officiel. L'État, tristement connu pour être l'un des berceaux historiques du narcotrafic mexicain et le fief du cartel du même nom, cumule depuis des années des taux de violence parmi les plus élevés du pays. Sans qu'aucune source ne permette d'établir un lien direct entre cet assassinat et le crime organisé, le simple cadre géographique suffit à rappeler dans quel climat évoluent les créateurs de contenu mexicains.
Car l'affaire Gastelum n'est pas un cas isolé dans sa forme, seulement dans sa diffusion. Le Mexique compte parmi les pays les plus dangereux au monde pour les journalistes et, de plus en plus, pour les figures publiques locales exposées sur les réseaux sociaux. Les influenceurs, en cultivant une proximité géographique et une régularité de publication, deviennent des cibles prévisibles : on sait où ils seront, à quelle heure, devant quel restaurant. Le direct, censé rapprocher une communauté, transforme aussi son protagoniste en cible fixe, localisable en quelques secondes par n'importe qui suivant son compte.
Ce paradoxe n'est pas nouveau, mais il prend ici une dimension crue. TikTok, plateforme reine de l'instantanéité et de la mise en scène du quotidien, s'est retrouvée, sans l'avoir cherché, témoin et vecteur de diffusion d'un homicide filmé de bout en bout. La plateforme n'a pas communiqué, à ce stade, sur le retrait des vidéos ni sur une éventuelle coopération avec la justice mexicaine.
L'enquête doit désormais établir si Gastelum a été visé spécifiquement, ou s'il s'est simplement trouvé au mauvais endroit. En attendant, ses derniers instants continuent de tourner en boucle sur les réseaux qu'il avait choisis pour exister publiquement. Le direct s'est arrêté net. Les vues, elles, continuent de grimper.








